En 1925, un spectacle étourdissant venu du Nouveau Monde débarque pour la première fois en France. Harlem et ses artistes incroyablement décomplexés nous donnent une leçon de vie, de mouvement et de jeunesse. Le Tout-Paris est conquis par la vitalité débordante de la Revue Nègre. Paul Colin, jeune peintre, affichiste et décorateur de théâtre déjà réputé, est chargé de la création de l’affiche de la revue. Fasciné par Joséphine Baker, il entreprend alors un travail magistral : Le Tumulte Noir.

Cet album de quarante-cinq lithographies, est aussitôt reconnu comme un chef-d’oeuvre. Saluée par la presse et la critique, l’édition originale de 1927 se vend en quelques jours. Paul Colin excelle dans l’expression immédiate d’idées-forces. Des traits simples et trois couleurs franches, rouge, noir et blanc, rehaussées de quelques notes plus vives donnent à ses personnages une apparence alerte, une vivacité et un dynamisme étonnants. En grand affichiste, Paul Colin sait comment toucher l’âme du spectateur en une fraction de seconde. Comme un metteur en scène, il va choisir avec soin l’ordre de chaque planche du Tumulte Noir pour donner naissance à un véritable récit : l’arrivée ensorcelante de la Revue Nègre à Paris avec Joséphine Baker, son impact sur un public enthousiasmé par les rythmes colorés du jazz et en particulier par quelques célébrités comme Maurice Chevalier, Damia ou la championne Suzanne Lenglen… Troublante leçon d’humilité et de plaisir d’un grand artiste devant des forces primitives, Le Tumulte Noir incarne le formidable modernisme d’une époque où se mêlent les influences de l’art nègre et du cubisme.

Pour la première fois, une nouvelle édition du Tumulte Noir est réalisée ; comme en 1927, chaque planche, tirée à la main, couleur par couleur, requiert l’excellence du savoir-faire du lithographe et la précision de chacun de ses gestes. Quarante-cinq planches imprimées en lithographie sur machine plate Marinoni-Voirin, à Paris, dans nos ateliers et en sérigraphie. Les textes sont repris en typographie d’art et recomposés par Guy Lebreton. La qualité exceptionnelle du papier assure la pérennité de l’oeuvre. Les quarante-cinq oeuvres, dessinées à la main par Mario Ferreri, sont présentées dans un coffret luxueux pour les conserver à l’abri du temps.