Les fêtes de l’immigration

Les années 1970 marquent une période de remise en question de la présence des immigrés en France, notamment par l’application des circulaires Marcellin-Fontanet en 1972 limitant le droit de séjour en France. Il devient dépendant de la carte de travail, les travailleurs immigrés qui étaient auparavant régularisés à leur arrivée ne peuvent non seulement plus l’être mais sont désormais susceptibles d’être renvoyés à la frontière. Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la politique migratoire favorise le retour des immigrés dans leur pays d’origine jusqu’à la loi de 1976 autorisant le regroupement familial pour le conjoint et les enfants de moins de 18 ans. Cette mesure faisait alors écho aux revendications des immigrés concernant leurs droits à « mener une vie familiale normale ».

En parallèle, la contestation trouve une voix dans la production culturelle afin de dénoncer l’invisibilité des immigrés dans l’espace public. C’est donc dans ce contacte que s’inscrit cette affiche annonçant la 3e édition de la fête populaire des travailleurs immigrés d’Annemasse (Haute-Savoie), représentés au centre de l’affiche par une photographie prise sur un chantier. Organisée par la MJC maison pour tous le 24 et 25 septembre 1977, l’affiche présente les différentes activités prévues durant ces journées : des dégustations de spécialités, des spectacles de musique ou des tournois de football.

En effet, lors de ces évènements, il n’était pas rare que des chanteurs célèbres des pays d’origine des immigrés soient invités à se produire. Le football, quant à lui devenait un outil de sociabilisation, avec les populations de la société d’accueil, mais également entre les différentes nationalités des populations immigrées.

La fête apparait au cours des années 1970 comme un outil de reconnaissance d’une population souvent réduite à son statut de travailleurs. Des associations vont organiser des fêtes culturelles afin de manifester le droit d’expression des immigrés. La fête se pose alors comme un outil de lutte pour ses droits mais aussi un outil de reconnaissance pour une meilleure visibilité dans la société d’accueil. L’organisation de ces fêtes permet ainsi de faire reconnaître des cultures étrangères jusqu’alors peu connues en France. Ces évènements culturels éphémères se posent comme stratégie de contournement de l’interdit politique, notamment avant le droit pour les étrangers de s’associer librement en 1981.

Ainsi, les affiches réalisées dans le cadre de ces évènements témoignent des luttes pour le droit des travailleurs immigrés mais aussi la valorisation de leurs cultures, attestant de la volonté des immigrés de s’installer durablement en France.

En savoir plus

-          Exposition virtuelle La rue est à nous ! Fêtes, immigration et espace public 1970-2005

-          Vidéo : Les luttes au travail