L’immigration italienne demeure à ce jour la plus importante qu’ait connu la France. Mais si les images fortes du padrone meneur d’enfants, il y a un siècle et demi, ou de l’antifasciste d’entre-deux-guerres ont été recomposées récemment par une historiographie très riche, le destin du fils de maçon au lendemain de la Seconde guerre mondiale ou celui du mineur sarde arrivé après 1945 ne retiennent guère l’attention. Fin de migration sans problème, étrangers sans visage…

Pourtant, jusqu’en 1968, les Transalpins sont demeurés au premier rang des étrangers recensés en France. Avec les naturalisés récents, ils constituaient à cette date un groupe sensiblement aussi nombreux qu’en 1931, temps fort de la grande migration d’entre-deux-guerres. C’est dire leur place dans l’économie et la société française des trente glorieuses.

Dès lors, pourquoi cette invisibilité, surtout après la Libération où demeurait vivace le mythe du « coup de poignard dans le dos » et où l’hostilité à l’égard des anciens « sujets de Mussolini » continuait d’alimenter l’italophobie ? Qu’en fut-il ensuite de la dernière vague d’immigrants, plus souvent venue des régions méridionales et qui eut à défricher ses propres chemins dans une Europe en construction ? Telles sont quelques unes des questions abordées dans cet ouvrage.

Celui-ci est issu d’un colloque qui a réuni, à l’invitation du Centre d’études et de documentation sur l’immigration italienne (CEDEI), des spécialistes et des jeunes chercheurs venus de France et d’Italie. L’enjeu était d’abord de donner une visibilité à cette dernière étape de la migration italienne en France. Mais choisir de donner son autonomie à la période récente du dernier quart de siècle conduisait nécessairement à croiser les questionnements les plus actuels en histoire, sur les politiques publiques, les dynamiques économiques et sociales de l’Europe des trente glorieuses ou sur les représentations et les identités culturelles. Sur ce dernier point, le livre invite à une découverte : celle des Italiens de France et des Français d’origine italienne comme composante originale de la société cisalpine.Marie-Claude Blanc-Chaléard qui a coordonné cet ouvrage au nom du CEDEI est maître de conférences à l’Université de Paris1. Elle est l’auteur d’une thèse sur l’immigration italienne en région parisienne.

Sommaire

Marie-Claude BLANC-CHALEARD

Épilogue d’une grande migration

Première partie : Une politique nouvelle pour une vieille immigration

Antonio BECHELLONI
Le choix de la destination française vu du côté italien

Alexis SPIRE
Un régime dérogatoire pour une immigration convoitée
Les politiques françaises et italiennes d’immigration/émigration

Yvan GASTAUT
Recruter et examiner les migrants : la mission de l’ONI de Milan d’après le médecin-chef Deberdt (1953-1963)

Marc POTTIER
Les Italiens et la reconstruction de la Normandie aux lendemains du Débarquement

Adda LONNI
Sur les chantiers de la France d’après-guerre : anciennes et nouvelles capacités professionnelles

Piero-D. GALLORO
Les flux de main-d’œuvre italienne dans la sidérurgie lorraine. Analyse spatiale et démographique (1945-1968)

Deuxième partie : Intégration sociale et politique au temps des trente glorieuses

Dominique SAINT-JEAN
Le devenir des familles paysannes italiennes dans le sud-ouest du second après-guerre : projets collectifs et projets individuels

Manuela MARTINI
Carrières ouvrières dans le bâtiment : la mobilité professionnelle des immigrés italiens à l’aune des enquêtes de l’INED des années 1950

Laure BLÉVIS
Des ouvriers italiens du bâtiment à la CGT : une étude de la presse syndicale (1945-1963)

Stéphane MOURLANE
Le parti communiste français et l’immigration italienne dans les années 1960

Michel DREYFUS
Les Italiens dans le mouvement social des Trente Glorieuses

Marie-Claude BLANC-CHALÉARD
Intégration et politique : les conseillers municipaux d’origine italienne en banlieue parisienne (1945-1970)

Troisième partie : Représentations, identité, mémoire

Ronald HUBSCHER
1951, une enquête sur les immigrés : la réalité biaisée ?

Laure TEULIÈRES
Mémoires et représentations du temps de guerre dans le Midi toulousain

Lucia GRILLI
Entre Naples et Paris : les migrants napolitains des années cinquante

Antonio CANOVI
La communauté italienne d’Argenteuil. Identité et mémoires en question

Judith RAINHORN
L’irréductible fossé atlantique ? Histoire et mémoire comparées des Italiens à Paris (La Villette) et à New York (East Harlem) au XXe siècle

Bruno GROPPO
Italiens et italo-français au Lycée International de Saint-Germain-en-Laye