L’UniverCité continue d’explorer la question des femmes en migration, à travers la catégorie des domestiques étrangères. Si la figure de la « bonne à tout faire » traverse toute l’histoire de l’immigration, si ces femmes partagent, quelles que soient leurs origines, des traits communs, le portrait se nuance selon les époques.

Dans cette conférence à deux voix, Mareike König et Bruno Tur proposent de croiser l’histoire des domestiques allemandes qui dominent le « marché » de la domesticité en France dans le second XIXe siècle, et de celles venues d’Espagne pendant les Trente Glorieuses.
Les chiffres les distinguent. Les bonnes espagnoles accompagnent une vague migratoire de grande ampleur : en 1968, les Espagnols sont en tête des nationalités étrangères. Les domestiques allemandes forment en revanche une catégorie singulière : en 1901, elles représentent près de la moitié des domestiques étrangères, quand les Allemands ne figurent qu’à la troisième place des nationalités, loin derrière Belges et Italiens.

Avant le départ, Espagnoles et Allemandes ont partagé le même rêve d’une vie libre et indépendante. Mais ce rêve porte une dimension plus politique chez les Espagnoles, dans un pays sous la coupe du franquisme. Peu de différence pour les lieux de vie : c’est dans la capitale que s’installent les unes et les autres, en s’appuyant sur des réseaux migratoires qui mobilisent famille, amis et relations déjà présents à Paris.

La condition de domestique les rapproche en partie – travail pénible, logement dans les chambres «  du sixième étage » – mais les Espagnoles bénéficient des avancées sociales des Trente Glorieuses et se trouvent moins isolées que les Allemandes. Les unes et les autres bénéficient a priori de la même image favorable : travailleuses, soignées et propres, bref, dignes de confiance. Mais cela ne va pas sans revers pour les Espagnoles, si l’on se réfère aux stéréotypes négatifs qui construisent la figure de « Conchita ».

Parties les unes et les autres pour quelques années, leurs trajectoires se séparent dans la longue durée. La majorité des Espagnoles finiront par s’installer en France au moins jusqu’à la retraite, repoussant sans cesse le retour en raison d’une plus grande liberté et de meilleurs salaires. L’installation des Allemandes en France demeure en revanche exceptionnelle. La domesticité apparaît comme une période d’apprentissage transitoire, après l’école et avant le mariage. Apprentissage parisien qui se brisera net en 1914, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale et l’expulsion des immigrés allemands devenus ennemis.

Repères
L’UniverCité : « Bonnes à tout faire »
Allemandes du XIXe siècle et Espagnoles des Trente Glorieuses en France
Entrée libre, dans la limite des places disponibles
Auditorium Philippe Dewitte
Cité nationale de l’histoire de l’immigration
293 avenue Daumesnil, 75012 Paris