Des témoignages de l’exil et de l’immigration espagnole en France

En juin 2009, la FACEEF, sous la direction de José Gabriel Gasó Cuenca, a initié un projet de recueil de témoignages de migrants et dirigeants associatifs espagnols en région Île-de-France. Cette campagne de création d’archives audiovisuelles se fixe alors plusieurs objectifs. Le premier est de recueillir et de valoriser la parole des témoins de l’exil et de l’immigration espagnole en France afin de mieux cerner la pluralité des parcours de ces témoins et de mettre ces sources primaires à disposition des chercheurs en sciences sociales. Le projet a été orienté vers des acteurs associatifs, en vue de comprendre le rôle social, politique et économique des associations d’Espagnols en France, leurs combats, leurs succès, et l’investissement des militants au sein de ces associations. Un second objectif de cette campagne est de favoriser la transmission de ces expériences associatives aux jeunes générations afin d’en conserver la mémoire et d’encourager le développement de la vie associative auprès des jeunes. Le projet s’est concrétisé entre les mois de septembre 2009 et septembre 2010, par la réalisation de 40 entretiens filmés dans un studio aménagé par la FACEEF à la Plaine-Saint-Denis pour la constitution de ce fonds d’archives.

Face au succès de cette campagne d’archives audiovisuelles, la FACEEF a fait le choix d’élargir son terrain initial d’opération afin de donner un écho géographique plus large à la problématique de l’engagement associatif espagnol en France et de solliciter des régions dans lesquelles cet engagement a été particulièrement conséquent. Fortes d’une présence importante d’immigrés espagnols, les régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur ont ainsi été choisies pour qu’y soit menée, en 2011-2012, une nouvelle campagne d’archives audiovisuelles qui s’est concrétisée par le recueil de 28 entretiens.

La description de ces campagnes est désormais disponible dans Odysséo. Pour chaque entretien, un travail de montage a été effectué par la FACEEF à partir de leurs temps forts. Ces extraits sont consultables en ligne dans Odysséo. Les entretiens sont consultables en intégralité sur demande à la FACEEF. Odysséo accueillera prochainement d’autres témoignages portant sur la thématique de l’engagement recueillis dans le cadre de la campagne d’archives orales de Génériques « Histoire et mémoires de l’immigration : mobilisations et luttes pour l’égalité, 1968-1988 ».

Diversité du réseau associatif espagnol et pluralité des profils de ses militants

Les témoignages recueillis par la FACEEF permettent tout d’abord d’observer la diversité des associations et de leurs objectifs. Si les activités culturelles sont les plus développées, nombreuses sont les associations qui se sont penchées sur la reconnaissance et la défense des droits sociaux des Espagnols émigrés et sur la transmission de la langue pour faciliter un éventuel retour au pays.

La diversité des profils se retrouvent également par les témoins. Certains sont des exilés de la guerre d’Espagne, ayant franchi la frontière enfant ou jeune adulte, d’autres sont des réfugiés politiques ayant fui le franquisme, d’autres encore sont des émigrés dits « économiques » venus en France seuls ou accompagnés de leurs parents pour trouver une meilleure situation professionnelle.

Les témoignages recueillis lors de cette campagne permettent de confirmer que la frontière entre émigration dite « politique » et émigration dite « économique » est en réalité bien moins hermétique qu’il n’y paraît. Le monde associatif espagnol en France se fait l’écho de la pluralité des profils des migrants : alors que certaines associations ont longtemps été influencées par l’Église ou soutenues par le régime franquiste, d’autres, à l’inverse, tout en promouvant des activités culturelles, artistiques ou sportives ont été investies par des militants anti-franquistes, socialistes ou communistes en exil.

Ces divers témoignages nous renseignent sur la complexité du réseau associatif espagnol en France, les difficultés rencontrées par les migrants et notamment les militants politiques – pour créer des espaces associatifs d’échanges et de transmission. Ces récits rendent aussi compte de l’investissement de chacun dans ces associations qui, pour la plupart, sont confrontées au problème du vieillissement de leurs membres.

Pour en savoir plus
– Visiter le site Internet de la FACEEF ( http://faceef.fr)
Cette actualité a été élaborée à partir des synthèses rédigées par la FACEEF :
– Eva Léger, Maëlle Maugendre, « Mémoires du réseau associatif espagnol en Île-de-France », in Migrance 36, second semestre 2010, p.25-33.
– Aurélie Denoyer, Maëlle Maugendre, Federica Luzi et Éva Léger, « Mémoires du réseau associatif espagnol en régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Présentation d’un nouveau fonds d’archives audiovisuelles », FACEEF, 2012 [rapport non publié]

Illustration : Capture d’écran de l’entretien de Manuela Soto par Éva Léger