« J’avais envie de dire «merci aux travailleurs venus de loin» à ma manière, droit dans les yeux, comme j’aime photographier les gens, à la distance d’une poignée de main. Simplement. J’ai réuni ces fragments de récits de vie, témoignages de parcours chaotiques, en face des visages et des silences, pour ne rien oublier de ces moments de rencontres. Hommes venus de loin jusqu’ici et ailleurs, depuis plusieurs générations, vaille que vaille, poussés par les vents de tempête, par l’envie ou le besoin vital de franchir les frontières en vue d’une vie meilleure.

Hommes dignes, fiers de vivre parmi les hommes dans un pays d’accueil, d’avoir parcouru des chemins semés d’embûches et de se sentir plus proches les uns des autres, avec plus ou moins de fortune. Ouvriers, chefs d’équipe, cuisiniers, chauffeurs, coiffeurs, poètes… tous les métiers sont bons à exercer pourvu qu’on y trouve un salaire suffisant pour vivre ici – modestement – et pour permettre de faire vivre la famille et de donner une bonne éducation aux enfants restés au pays. Multitudes anonymes, trop souvent invisibles, je vous dis merci. »

Olivier Pasquiers

Les photographies ont été prises en 2011-2012, au foyer de travailleurs de Clichy-la-Garenne, situé boulevard Victor Hugo. Comme beaucoup d’autres, il fut construit dans les années 1970 afin d’accueillir la main-d’œuvre étrangère qui participait au développement des infrastructures (transports, logements, …). Certains hommes ont vu le bâtiment sortir de terre et y habitent encore aujourd’hui.

Aujourd’hui, ce foyer vétuste, est inscrit dans un programme de réhabilitation urbaine. À ce titre, il sera prochainement démoli et les résidents seront relogés en trois résidences sociales nouvellement construites à Clichy.

Pas d’inventaire ici, de vues sur le bâtiment avant et après réhabilitation, mais des hommes à saluer et à écouter dans leur fierté d’être (ou de vouloir par dessus tout être) des travailleurs. C’est une rencontre qui vous est proposée ici, avec des résidents qui eux, vont demeurer bien présents et vivants, bien après la démolition du foyer.