Entre protection des droits et mondialisation
Dynamiques migratoires marocaines : histoire, économie,
politique et culture
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Communication
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Elkbir Atouf
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Les Marocains en France de 1910 à 1965(1):
l'histoire d'une immigration programmée(2)
Dans des conditions historiques marquées par la pénétration
française en Afrique du Nord, il existe forcément des
liens étroits entre la colonisation et la Première Guerre
mondiale, l’évolution des processus sociaux des Marocains
ainsi que l’émigration/l’immigration, sans négliger
pour autant le choix contestable de la politique économique
du Maroc indépendant. Ce dernier qui n’a pas hésité à utiliser
et instrumentaliser l’émigration comme outil de gestion
de la situation socio-politique désastreuse des années
1950-1960. C’est ainsi que nous sommes en présence d’une "immigration
programmée"(3), et ce, depuis
le début du XX ème
siècle.
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Les premières migrations marocaines en France ont été déclenchées
par la Première Guerre mondiale |
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L’immigration marocaine était insignifiante avant l’instauration
du Protectorat. Ce fut la Guerre de 14-18 qui déclencha incontestablement
le phénomène migratoire marocain, les années de cette
Guerre marquent bien ainsi le début des premières migrations
marocaines en France. En définitive, la Première Guerre mondiale
a provoqué une migration militarisée qui a
eu des conséquences directes et irrémédiables sur
les populations marocaines, dans la mesure où elle jouait un rôle
capital en tant que déclencheur et initiateur pour toutes les migrations
d’après-guerre. Aussi, fait majeur et fondamental, pour la
première fois des milliers de Marocains ont eu l’occasion
de découvrir l’univers d’une guerre moderne, d’une
société de consommation attractive, et des idées nouvelles
qui vont bousculer la conscience collective. Le séjour des soldats
et travailleurs marocains en France était bénéfique à plus
d’un titre, notamment pour l’émergence d’une conscience
sociale et politique. Indéniablement, les Marocains qui ont participé à l’expérience
de la Guerre de 14-18, ont été largement déracinés
et ce n’est nullement le fruit du hasard si des milliers sont revenus
en France depuis l’entre-deux-guerres pour y travailler comme simples
manœuvres. En somme, l’expérience de la colonisation
ainsi que les conséquences de la Première Guerre mondiale,
ont fait sauter des structures archaïques, ce qu’aucune révolution
n’avait pu faire jusqu’alors au Maroc. L’évolution
des processus sociaux vers la modernité, la liberté et les
idéaux progressistes capables d’assurer une vie meilleure
a émergé à travers la pénétration
coloniale.
Au total, ce sont environ 350 à 400 000 Marocains qui ont été recrutés
en tant que soldats ou travailleurs "coloniaux" entre la
période
allant de 1914 à 1956 : on reconnaît officiellement 37
150 soldats et 35 500 travailleurs marocains(4) qui
ont participé à l’effort
de guerre. Mais le travail analytique et la comparaison des documents
disponibles nous autorisent à penser que ces chiffres sont largement
sous-estimés.
C’est ainsi que l’effort fourni pendant la Guerre de 14-18
est estimé à 85 000 travailleurs et soldats marocains
qui ont séjourné en France. En plus, pour assurer la " pacification " et
la sécurité du Maroc colonial, l’effectif de 70 à 80
000 soldats était le minimum nécessaire. Quant au recrutement
opéré pendant la Seconde Guerre mondiale, il fallait
compter sur un effectif minimum situé entre 70 et 90 000 militaires
marocains selon les documents disponibles(5).
Sans oublier toutefois les soldats marocains
qui ont participé aux diverses guerres de décolonisation
en Afrique ou en Asie. D’autant plus, que la concurrence fut
rude avec le recrutement espagnol qui concernait la guerre civile (1936-1939),
cette dernière a été faite en grande partie au
détriment
de plus de 87 000 Marocains enrôlés dans les troupes franquistes,
si l’on croit des sources espagnoles officielles(6). Ces chiffres
qui donnent le vertige nous renseignent sur les masses considérables
de Marocains qui ont été occupés, militarisés
et déracinés durant la colonisation. Il est fortement
significatif de remarquer que ce recrutement militaire intensif constitue
un mode de
déracinement irréversible, voire une condition sociologique
préalable pour provoquer les migrations massives qui vont s’opérer
durant la période post-coloniale.
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Le développement inégal
des migrations "nord-africaines"(7) |
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Les migrations internes vers les chantiers de la colonisation,
le recrutement miliaire intensif, l’émigration en Algérie
voisine jusqu’à la fermeture des frontières algéro-marocaines
après le déclenchement de la guerre d’Algérie
en 1954, ont largement absorbé, voire "pompé" ou épuisé les
potentialités humaines marocaines restant ainsi sur place. Par
conséquent, l’immigration de masse est reportée,
en fait elle reste en suspens en attendant les conditions sociologiques
et historiques qui vont se réaliser au début des années
1960, conditions symbolisées par la signature de la convention
de main-d’œuvre franco-marocaine du 1er juin 1963, qui fut
une première. Contrairement à l’immigration algérienne,
qui elle, commence à se développer massivement depuis
l’entre-deux-guerres, à titre
d’exemple, on recense officiellement 71 028 entrées algériennes
en 1924(8). Lors du Recensement de 1954(9) le nombre de la population algérienne
en France atteignait 211 675, ce qui fait que l’effectif algérien
a presque triplé en 30 ans. Alors que ce même dernier
Recensement établissait
la présence de 10 734 Marocains seulement, contre un effectif
de 4 800 Tunisiens. D’ailleurs, pendant toute la période
coloniale, l’effectif de l’immigration marocaine est resté relativement
stable, il tournait autour d’une vingtaine de millier de travailleurs.
Cette situation contrastée entre les deux migrations
algéro-marocaines
renvoie nécessairement aux structures sociales et économiques
des deux sociétés comparées. En effet, la colonisation
du Maroc (1912-1956) est beaucoup plus récente par rapport à celle
de l’Algérie (1830-1962): les déplacements de populations
rurales les plus brutaux et les plus massifs qu’a connu l’histoire
ont été opérés en Algérie colonisée.
La violence militaire combinée au généralisation
des échanges
monétaires ont détruit les cadres spatiaux et les structures
les plus fondamentales de toute l’économie traditionnelle,
voire la "pensée paysanne algérienne"(10) elle-même,
et ce, depuis la fin du XIX e siècle déjà. De
fait, l’ancien mode de vie est complètement discrédité,
il ne pouvait plus faire face à la "dépaysannisation" collective, "l’urbanisation
sauvage" et la "bidonvilisation" rapide. Nous sommes
désormais dans une époque où l’histoire
algérienne
est fortement accélérée par des processus sociaux
qui ont donné naissance aux mécanismes structurels des
urbanisations et des migrations internes les plus massives. C’est à travers
ces urbanisations et ces migrations internes que les Algériens
vont prendre conscience qu’une vie meilleure est possible ailleurs,
d’où le
prolongement de l’expérience migratoire interne vers la
France. Dans ces conditions, le mouvement migratoire algérien
en France ne peut-être que massif. A cela s’ajoute le fait
que les Algériens
bénéficient de la "libre circulation" entre
l’Algérie
et la métropole instaurée durant l’entre-deux-guerres
et confirmée par le "statut organique de l’Algérie" de
septembre 1947.
En effet, la situation qui concerne les Algériens est tout à fait
différente de celle des Marocains: à la veille de la
décolonisation,
l’urbanisation, le salariat et la monétarisation n’ont
pas encore été complètement généralisées
et achevées. En plus de cela, le lobby fort de colons européens
au Maroc n’hésitait pas à exercer la pression sur
le Résident général pour que ce dernier interdise
l’émigration
marocaine vers l’étranger: chose faite en 1928(11),
pour ainsi maintenir les bas salaires et disposer d’une main-d’œuvre
abondante sur place. C’est ainsi que les mécanismes des
processus sociaux ont été retardés et il fallait
attendre le début des années 1960 pour que le développement
massif de l’immigration marocaine en France se profile. Ainsi,
cette dernière
passe officiellement de 30 000 personnes environ en 1960 à un
peu plus de 87 000 en 1965, l’effectif marocain a presque triplé en
cinq ans seulement : c’est une évolution quantitative
sans précédent de toute notre période (1912-1965).
On peut même dire sans prendre le risque de se tromper que l’immigration
marocaine va se substituer à l’immigration algérienne,
depuis l’institutionnalisation de la convention franco-marocaine
de main-d’œuvre signée le 1er juin 1963.
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L’immigration "nord-africaine/maghrébine" joue
un rôle secondaire socialement mais structurel économiquement |
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Pendant toute la période consacrée à cette
recherche, l’immigration "nord-africaine/ maghrébine" s’est
contentée de jouer un rôle marginal sur le plan social.
En fait, il s’agit d’une main-d’œuvre qui a
toujours occupé le bas de l’échelle sociale sans
aucune promotion notable. Néanmoins, ce rôle demeure très
important voire structurel pour des milliers d’entreprises qui
ont besoin d’une
main-d’œuvre non qualifiée professionnellement, car
au nom de cette non qualification les "Maghrébins" sont
moins payés par rapport aux européens qui occupent le
même
emploi et travaillent dans les mêmes conditions.
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Les Marocains ont une préférence particulière
et historique pour Clichy et Gennevilliers |
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D’un autre côté, la répartition géographique
des Marocains en France demeure inégale, à l’image
des autres immigrations qui se concentrent principalement dans la capitale économique
et politique du pays ainsi que dans sa région. En effet, les
Marocains travaillaient et se logeaient dans la Seine qui exerce un
pouvoir attractif
sur plus de 50 % d’entre eux, et ce, depuis l’entre-deux-guerres,
avec toutefois, une préférence particulière pour
Gennevilliers et Clichy qui ont toujours été les "fiefs" par
excellence pour l’immigration marocaine.
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La particularité de l’origine
géographique des départs migratoires marocains en France
et l’orientation voire l’instrumentalisation de ces départs |
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Les départs marocains en France étaient limités
au sud marocain (situation similaire avec celle de la Kabylie en Algérie),
notamment la région qualifiée administrativement de "territoire
d’Agadir" qui reste le principal foyer d’émigration
: plus de 90 % de Marocains présents en France avant 1942 sont
originaires de cette région, 80 % environ pour la période
1942-1956, et un peu plus de 70 % au milieu des années 1960.
L’explication
de ce phénomène renvoie encore une fois à l’histoire
de la colonisation et l’impact de la Guerre de 14-18. Le premier
Résident Général Lyautey (1912-1925) a largement
favorisé et
orienté cette "région berbère" du
sud marocain, non "pacifiée" encore, vers l’émigration,
tout en interdisant les départs marocains en provenance des
autres régions "pacifiées". Cette situation
a été dictée
pour des raisons militaires, politiques et idéologiques: c’est
en effet dans cette "région berbère" que
la colonisation militaire a eu la résistance la plus acharnée à tel
point que la dite "pacification" n’est achevée
définitivement
qu’en 1936. L’émigration ici est un moyen certain
de disloquer les rapports sociaux et de vider ainsi cette région
du sud marocain de sa population masculine active et résistante.
D’ailleurs,
il est prouvé que les premiers Marocains qui ont été recrutés
par le STC (Service des Travailleurs Coloniaux : 1916-1918), étaient
tous originaires de cette région du sud marocain(12). Cette
question de l’origine géographique des départs
a fortement marqué l’émigration
marocaine jusqu’à présent, dans la mesure où les
premiers migrants ont conditionné ces départs migratoires,
en cautionnant ou recommandant à leurs employeurs des membres
de leurs familles, des amis ou des voisins du même village. D’où le
rôle primordial de la structure sociale et familiale dans l’alimentation
et la reproduction des migrations.
Jusqu’en 1954, les habitants
d’Oujda, et surtout ceux du Rif, étaient
presque inexistants en France, car ils étaient employés
dans les chantiers de l’Algérie coloniale. En revanche,
après
le déclenchement de la guerre d’Algérie (qui a
eu pour conséquence la fermeture des frontières algéro-marocaines),
les populations du Rif notamment ont été condamnées à chercher
des revenus de substitution en Europe, plus précisément
après
le soulèvement populaire tragique de 1958-1959 qui a marqué à jamais
le Rif. Ce soulèvement se termina dans un bain de sang à l’image
de ce qui s’est passé durant la tuerie de Casablanca de
mars 1965. C’est ce qui incita le pouvoir marocain en place à utiliser
et orienter l’émigration vers l’Europe, selon les
régions
agitées socio-politiquement, afin d’acheter la paix sociale
tout en vidant ces régions perpétuellement protestataires
de ses mécontents. Dans ce contexte, on comprend pourquoi le
Rif, dans l’état actuel des choses, souffre d’un
déséquilibre
flagrant concernant ses structures socio-démographiques et écologiques.
Ces structures sont conditionnées par le manque cruel des hommes
valides et actifs, car ces derniers qui s’occupaient de la terre
et de l’élevage ont émigré en Europe. Par
conséquent,
il ne reste au Rif que des femmes, des enfants et des vieillards qui
sont totalement dépendants des revenus de l’immigration.
Indéniablement, le pouvoir marocain a parfaitement réussi
l’instrumentalisation politique et idéologique de l’émigration.
C’est pour cette raison d’ailleurs que la migration rifaine
se caractérise par le fait qu’elle est largement dispersée
en Europe avec laquelle des conventions de main-d’œuvre ont été signées.
Par contre, la migration originaire de la province d’Agadir est majoritairement
implantée en France. Ce n’est que pendant les années
1960 que nous assistons à la généralisation consolidée
des départs concernant toute la carte géographique du Maroc,
avec une forte présence des populations urbanisées, représentant
toutes les villes marocaines sans exception. Toutefois, il faut signaler
que des régions comme Casablanca, Agadir et le Rif dominent les
départs vers l’Eldorado européen. C’est ce contexte
socio-historique lié aux régions de départs et qui
trouve son origine dans notre période, qui nous renseigne sur un
fait tout à fait original, à savoir que l’immigration
marocaine, à l’image de l’immigration turque, est la
plus largement répartie en Europe : la France en premier lieu, mais
aussi la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne
(la RDA), sans parler des pays arabes. Contrairement à l’immigration
algérienne qui opte pour la France en tant que principale destination
migratoire.
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Peut-on parler de la dite migration "clandestine"
qui représente "l’armée de réserve de main-d’œuvre" ?
Qu’est
ce qui est "clandestin": le départ, le séjour, l’employeur
ou le travail ?
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L’immigration marocaine en France a été marquée
par les départs clandestins, dont la proportion dépasse
ou avoisine les 90 % de l’effectif marocain qui était présent
en France durant la période coloniale, mais cette proportion diminua
entre 1956 et 1965 pour atteindre les 40 % environ. La presse(13),
les documents(14) et surtout les sources(15) de
l’époque sont
unanimes sur ce fait indéniablement établi. La cause principale
qui explique ce phénomène réside dans le pouvoir
considérable
que le patronat européen avait sur l’économie du
Maroc colonial et le Protectorat, comme l’a démontré brillamment
la thèse de R. Gallissot(16). C’est ainsi que la Résidence
Générale a instauré une réglementation draconienne
compliquant la tâche des candidats à l’émigration,
et permettant aux colons de bénéficier d’une " armée
de réserve " de main-d’œuvre abondante (et/ou
stockée)
pour pratiquer ainsi les bas salaires. Pis encore, l’immigration
marocaine a été purement et simplement interdite en 1928.
Ce qui fait que les Marocains n’avaient pas d’autres choix
que celui de quitter le Maroc clandestinement et par tous les moyens:
d’où le trafic de faux papiers, les embarquements clandestins,
etc.
Après l’indépendance du Maroc, les mécontents
de la politique économique et sociale désastreuse sont
nombreux, ils n’avaient qu’une seule obsession : se faire
délivrer
le passeport et quitter le pays vers d’autres horizons. Mais
la lenteur administrative et les complications des démarches
pour monter les dossiers, le laxisme du Makhzen qui ressemble à un "cadavre
historique" selon l’expression de l’historien Maâti
Monjib. Sans oublier la corruption généralisée
et pratiquée systématiquement pour la délivrance
des passeports et les pièces annexes, ne font que décourager
les candidats à l’émigration qui sont obligés
de faire autrement et partir clandestinement. Pourtant, force est de
remarquer que contrairement aux idées reçues et écrites
souvent, laissant toute une littérature abondante sur ladite "immigration
clandestine", ici nous préférons parler plutôt
des départs clandestins : car si une grande majorité de
ces départs est effectivement clandestine, le travail et le
séjour
en France, en revanche, ne le sont pas ou ne le sont plus après
les nombreuses "régularisations" collectives qui
se voulaient toujours exceptionnelles alors qu’elles sont plutôt
structurelles. D’autant plus que le migrant marocain concerné ici
n’avait aucun mal à trouver un employeur et à se
faire "régulariser" par
les pouvoirs publics.
Dans ces conditions, c’est bien l’employeur
qui transgresse la loi en vigueur et en connaissance de cause, ajoutons
que c’est
grâce à cet employeur que tel ou tel Marocain a pu "régulariser" sa
situation. L’employeur gagne "l’argent de la redevance" qu’il
devait payer aux organismes d’introduction de main-d’œuvre
(la Société Générale depuis les années
1920 et l’ONI, l’Office National d’Immigration depuis
1945, devenant l’OMI, l’Office des Migrations Internationales
en 1988) par lesquels il fallait impérativement passer, sans
oublier la pratique des bas salaires que les ouvriers européens
n’acceptent
guère. C’est ainsi que ces départs clandestins
présentent
des avantages évidents pour le patronat qui présente
les interventions effectuées en faveur des "migrants régularisés" comme
une "faveur octroyée" et non comme une obligation
pour le Capital qui doit impérativement "stocker l’armée
de réserve" de main d’œuvre et acheter à bas
prix la force de travail des manœuvres non qualifiés. La
dite "clandestinité" devient
ainsi une nécessité pour les employeurs et une "soupape
de sécurité" pour le pays d’accueil parce
qu’une
grande majorité de ces migrants n’ont pas une socialisation
politique et syndicale contrairement aux ouvriers européens,
qui eux, n’hésitent pas à provoquer les troubles
sociaux pour défendre leurs droits. De fait, les "migrants
régularisés" se
contentent des bas salaires pour maintenir ainsi la paix sociale dans
l’immigration,
sans compter leur participation à l’équilibre socio-démographique
et à celui de la sécurité sociale.
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L’institutionnalisation d’une
représentation
collective négative des
Nord-Africains
forgée
selon "le
regard des
vainqueurs" et la
préférence des Marocains
au détriment des
Algériens
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Les employeurs en France ont une préférence
indiscutable pour les Marocains au détriment des Algériens,
sous prétexte que "les
Marocains ont une productivité supérieure à celle des
Algériens".
Une documentation abondante officielle et privée(17) confirme cette
constatation intrigante. Cette représentation renvoie d’abord à la
différence
coloniale qui consiste à diviser pour régner afin de faciliter
la domination, l’aliénation et la relégation, puisqu’il
n’y a aucune science exacte qui a pu démontrer que la productivité d’une
telle ou telle nationalité est supérieure à une autre.
Seulement il paraît que les travailleurs marocains étaient absents
des luttes sociales et politiques menées dans l’immigration.
Alors que les Algériens se distinguaient par une socialisation politique
et syndicale frappante faisant d’eux des "agitateurs" désignés.
En fait ils étaient souvent en conflit avec les employeurs ou/et l’administration
française. En outre, la violence de la guerre d’Algérie
n’a
fait qu’accentuer et empoissonner les rapports entre les Algériens
et l’opinion publique française. Par voie de conséquence,
les traces et les séquelles de ces relations conflictuelles sont toujours
vivaces dans les esprits, beaucoup de Français n’arrivent pas à admettre
leur "rapatriement forcé" de leur "Algérie
française".
Aussi, beaucoup de Français n’ont pas toléré que
les Algériens puissent accéder à la citoyenneté française
depuis le "statut organique de l’Algérie", du 20
septembre 1947.
L’opinion publique française reste, d’une manière
générale,
défavorable aux populations maghrébines dans l’immigration,
même s’il faut reconnaître une nuance, voire un préjugé favorable
pour les Marocains. Cette situation est déjà conditionnée
par le statut colonial qui a été réservé à ces
populations dans les colonies françaises, statut qui demeure pendant
toute la colonisation, rigide, primitif et archaïque. En effet, ce
statut a fait la vie belle aux colons européens au détriment
des populations locales qui étaient privées des droits sociaux,
politiques et syndicaux. C’est ainsi que "l’infériorisation" est
institutionnalisée
face à la machine de la "supériorité civilisationnelle" que
l’impérialisme s’est chargé de diffuser et de
reproduire dans cette partie de l’Afrique. La présence des
Maghrébins
en France a été souvent marquée (et elle l’est
toujours) par une vision conceptuelle qui les renvoient systématiquement à leur
infériorité intériorisée consciemment ou inconsciemment
par l’opinion française. Une opinion qui reste toujours conditionnée
et enfermée dans ce que Sami Naîr a appelé Le regard
des vainqueurs(18). C’est sous la pression de cette opinion
que les pouvoirs publics ont inventé des institutions "spécifiques" aux
immigrés
nord-africains.
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Les institutions qui ont fait la politique coloniale
musulmane dans l’immigration/l’exil |
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C’est dans ce contexte historique marqué par
l’impérialisme
et la domination qu’on assiste à l’institutionnalisation
de toute une "politique coloniale musulmane nord-africaine(19)" dans
l’immigration,
et ce, depuis l’entre-deux-guerres. Cette politique est symbolisée
par la fondation de la Mosquée de Paris, dans la construction de laquelle
le Maroc a joué un rôle capital (1922-1926), et par la "Brigade
nord-africaine" (1925-1945)(21), connue
aussi sous le nom de la "rue
Lecomte" ou encore le "Bureau Arabe" : ce service "d’assistance" qui
se voulait protecteur, officiellement, fut une véritable structure
policière
qui contrôla et surveilla les nationalistes et intellectuels nord-africains
menaçant les intérêts de la politique française.
Une troisième institution a été réservée
spécifiquement
aux Nord-Africains immigrés, il s’agissait de l’Hôpital
franco-musulman de Bobigny(22). Hôpital
qui a marqué le paysage
socio-sanitaire de la région parisienne et a fait couler beaucoup
d’encre à propos
des motivations officielles qui ont justifié sa création. En
réalité,
il s’agissait d’une médicalisation qui a eu pour objectif
non-avoué de séparer la population parisienne des populations
nord-africaines, ces dernières étant jugées "spéciales
et spécifiques" :
elles sont "porteuses de maladies contagieuses, héréditaires
et coloniales"(23). Or, cet Hôpital
servait en premier lieu à canaliser
des informations utiles pour l’identification(24) des Nord-Africains
impliqués
dans les groupements politiques nationalistes, car l’ENA (l’Etoile
Nord Africaine) de Messali Hadj demandait déjà l’indépendance
de toute l’Afrique du Nord depuis sa création en 1926.
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L’inégale politisation nord-africaine dans
l’immigration ou le rôle du premier mouvement d’étudiants
marocains dans l’autonomisation politique des Nord-Africains |
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En Algérie, c’est le FLN qui a encadré la
révolution
militaire permettant la libération du peuple algérien,
et il est fort significatif qu’ici ce sont les "hommes d’armes" qui
l’ont emporté sur les "hommes de plumes".
Alors qu’au Maroc la situation est différente, ce sont
les "hommes
de plumes" qui ont instauré et récupéré le "nationalisme
royal", un fait qui reste unique dans le monde arabo-musulman,
excluant ainsi les masses populaires des fruits de la "marocanisation" pour
laquelle ces derniers ont risqué ou laissé leur vie.
La comparaison entre les deux nationalismes algéro-marocains
est frappante, voire pertinente à plus d’un titre. En
effet, le nationalisme algérien était
né dans l’immigration, il est formé essentiellement
dans la mouvance des masses populaires immigrées à l’image
de (l’autodidacte) Messali Hadj, qui créa l’ENA
en 1926, puis le PPA (le Parti du Peuple Algérien), et le MTLD
(Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques)
: tous ces mouvements politiques ont fait de Messali Hadj le pionnier
et le fondateur incontestable
et incontesté du nationalisme algérien.
Au contraire du mouvement national marocain qui est formé initialement
par les "classes supérieures" de la société marocaine.
C’est ainsi que les intellectuels et les étudiants(25) vont
jouer un rôle, si ce n’est pas le rôle premier
au sein de ce mouvement national. Si les ouvriers algériens
vont largement se distinguer par leur politisation dans l’immigration,
ce n’est
pas le cas de leurs compatriotes étudiants qui se distinguaient
par leur passivité et par leur absence du combat socio-politique
jusqu’au milieu des années 1940, et il fallait attendre
le milieu des années 1950 pour les remarquer au côté du
FLN. Quant aux étudiants marocains, eux, ils monopolisèrent
l’espace de l’immigration à travers lequel ils acquirent
une socialisation politique pertinente, en rencontrant et s’appuyant
sur les intellectuels progressistes du quartier Latin (Français,
Européens et "tiers-mondistes"(26)). Quartier qui
a fortement marqué l’imaginaire politique et socioculturel
de ces étudiants
marocains de l’époque.
Pourtant, il faut mentionner toutefois que ce mouvement estudiantin
marocain est resté longtemps enfermé et conditionné par
son origine bourgeoise qui a été menacée socio-économiquement
par la colonisation. En effet, "la bourgeoisie aristocratique" marocaine
(de Fès) "comprit très vite que son salut dépendait
du démantèlement de l’appareil du Protectorat et
de l’éviction des intérêts étrangers"(27).
Ceci dit, les éléments les plus dynamiques du mouvement
estudiantin formé en France, durant les années 1927-1939,
représentèrent
le noyau dur du mouvement nationaliste, devenant plus tard l’élite
politique pensante du Maroc post-colonial : comme M. H. El Ouazzani
le plus "progressiste" parmi eux, Ahmed Balafej qui fut
le Premier Ministre du premier gouvernement marocain décolonisé,
ou encore Mohammed El Fassi, Omar Abdeljalil, Mohammed El Kholti, etc.
Tous
ces étudiants qui ont eu des hautes responsabilités politiques
ou/et gouvernementales ne pensaient pas le colonialisme en terme de
conflit de classes : ils combattaient la colonisation au nom de l’Islam
autour duquel les nationalistes sont unifiés contre le christianisme
infidèle.
C’est pour cette raison d’ailleurs qu’après
l’obtention
de "l’indépendance dans l’interdépendance",
il n’y a plus de projet collectif de société capable
de regrouper toutes les bonnes volontés politiques et économiques
du pays, d’autant plus que le manque de clarté idéologique
demeure flagrant jusqu’à présent.
Les étudiants marocains en France des années 1950-1960
ont continué à perpétuer la tradition protestataire "bourgeoise" inaugurée
par leurs aînés dans les années 1930. Cette opposition
leur a permis d’être récupérés et "fonctionnarisés" par
le pouvoir makhzenien, à l’image des intellectuels de
la fin des années 1950, formés à Paris Mohammed
Douiri, Mohammed Boucetta, Mohammed Tahiri, Abdelhafid Kadiri, pour
ne citer que
ces noms dans la mesure où la liste risque d’être
longue. La stratégie de récupération politique
et "élitiste" voire
d’alliance sociale et familiale sont une constante bien rodée
de l’histoire contemporaine du Maroc, dont J. Waterbury est le
premier à analyser
et décortiquer magistralement les mécanismes socio-anthropologiques
structurels. Pourtant, depuis le milieu des années 1960, nous
assistons à un
changement notable de la diversification de l’origine géographique
et sociale des étudiants marocains en France, suite à l’enseignement
de masse remarqué depuis la première décennie
de la décolonisation. Le résultat de ce changement qui
a permis à plusieurs étudiants
d’origines modestes d'accéder à l’Université,
est la radicalisation politique du mouvement estudiantin marocain organisé au
sein de l’UNEM (l’Union Nationale des Etudiants Marocains)
proche de l’UNFP (l’Union Nationale des Forces Populaires)
de M. Ben Barka. Pour illustrer notre propos, il suffit de rappeler
la tragédie/tuerie de Casablanca des 23-25 mars 1965, déclenchée
par les lycéens et largement appuyée par les étudiants
issus de tous les milieux sociaux, ou encore les manifestations estudiantines,
réprimées dans le sang par le pouvoir en place, marquant
ainsi le Maroc socio-politique des années 1970-1980.
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L’originalité de l’immigration judéo-marocaine
et le caractère de la communauté juive "transplantée" à Saint-Fons:
un cas unique dans l’histoire des migrations juives nord-africaines |
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Avant la création de l’Etat hébreu en
1948, l’émigration
des Juifs du Maroc en France était presque insignifiante,
excepté la "transplantation" de
la communauté judéo-marocaine de Saint-Fons (située
dans la région lyonnaise). En effet, l’enquête(28) de
terrain que nous avons menée sur le territoire de cette
commune nous a permis de révéler, pour la première
fois, qu’un petit
groupe de Juifs marocains originaires de Marrakech et Mogador (l’actuelle
Essaouira) était venu en France dans le cadre de la Guerre
de 14/18. Après la fin de cette Guerre, ce petit groupe réussissait à rester
dans la commune de Saint-Fons pour y travailler. Ce sont ces primo-migrants
en France (les Aich Aknin(29), les
Ben Attar, les Bitton) qui sont à l’origine
de la fondation de la communauté judéo-marocaine de
Saint-Fons. Cette communauté atteignait un effectif variant
entre 250 et 400 personnes dans les années 1930(30). Ceci étant
dit, l’enracinement
de cette communauté judéo-marocaine à Saint-Fons
reste un cas tout à fait original et unique dans l’histoire
des migrations juives nord-africaines de l’entre-deux-guerres.
Car c’était
la première communauté judéo-marocaine, voire
nord-africaine, fondée dans cette région.
Les conséquences de la Seconde Guerre et le nouveau contexte
géopolitique
international, symbolisés par la création de l’Etat
d’Israël ont changé la donne en bouleversant les
structures traditionnelles des diasporas juives dispersées à travers
le monde. Désormais, on assiste à l’implantation
en Afrique du Nord et surtout au Maroc des organisations juives sionistes
considérant le Maroc comme un réservoir inépuisable
pour peupler Israël. Le jeune Etat hébreu avait besoin
des masses démographiques importantes qui font le poids politique
et idéologique sur le plan national et international, d’autant
que ce jeune Etat manque cruellement de main-d’œuvre pour
construire ses "villes de développement". En 1948,
le Maroc colonial devait comptait entre 220 et 230 000 juifs, représentant
le nombre le plus important dans cette région africaine. Ce
nombre a été réduit à 60
000 juifs au milieu des années 1960(31):
situation qui s’explique
par de nombreux départs vers Israël notamment, mais aussi
vers l’Amérique du Nord et l’Europe. Les incertitudes
qui ont marqué le Maroc après son indépendance,
et plus précisément les soulèvements populaires
tragiques qui ont secoué le Maroc entre 1958 et 1965, la guerre
des six jours de juin 1967, tous ces événements n’ont
fait qu’accélérer
l’immigration judéo-marocaine. Il est vrai que le gouvernement
marocain a tout fait pour intégrer les Juifs marocains dans
la vie publique et privée. Par contre, la classe politique marocaine
a été divisée
sur ce qui a été appelé par la presse de l’époque "la
question juive", c’est ainsi que M. Ben Barka, par exemple, "se
prononçait ouvertement pour la liberté religieuse et
contre la marginalisation des Juifs marocains. Contrairement à Allal
El Fassi, qui lui, opta pour leur exclusion de la vie économique
et politique", mentionne R. Gallissot(32).
Quoi qu’il en soit,
il faut signaler que ces Juifs marocains n’ont
jamais été exécutés ou menacés collectivement
dans leur vie privée comme c’était le cas en Europe
(l’antisémitisme et les déportations vers les camps
de la mort). C’est seulement une psychose collective de départs
qui s’est institutionnalisée après l’apparition
de deux événements majeurs :
- la création de l’Etat d’Israël a joué le
rôle d’un pays d’accueil concurrentiel et supplémentaire,
c’est ainsi que l’Etat hébreu représente
désormais
une identité juive ou sioniste, réelle ou fictive, pour
des milliers de migrants judéo-marocains en quête d’un
symbole identitaire "nationalitaire".
- l’interdiction
du pouvoir marocain de toute migration juive vers Israël en septembre
1956, a été mal vécue par
la communauté juive du Maroc, ce qui a fortement renforcé le
sentiment d’insécurité et d’instabilité.
Par conséquent, les organisations sionistes et les services
secrets israéliens ont pris la relève pour organiser
les départs
juifs clandestinement, mais ces départs ont été jugés
par les responsables israéliens insuffisants et risqués.
D’où les accords monnayés qui ont été provoqués
par le Mossad(33) et signés en 1961, pour laisser partir 120
000 Juifs du Maroc entre 1961 et 1965 : ce sont les départs
les plus massifs de toute l’histoire de l’immigration marocaine
de cette période.
Ces départs ont transité par la France, dont le camp
du Grand Arenas de Marseille servait de "refuge transitoire" avant
le débarquement vers Israël. Toutefois, plusieurs milliers
de Juifs marocains ont profité de leur séjour à Marseille
pour rester en France et s’y implanter.
La décolonisation du Maghreb eut pour conséquence directe
et indirecte l’arrivée massive des Juifs originaires de
cette région. C’est ainsi qu’on assista à une
profonde mutation des structures socio-démographiques, professionnelles,
culturelles et économiques voire politiques du judaïsme
français.
De même, malgré la francisation des Juifs du Maroc, ces
derniers donnent une importance capitale à l’affirmation
de leur " marocanité " en
tant qu’identité collective absorbée par le devoir
de mémoire (l’exemple du CRJM : Centre de Recherche sur
les Juifs du Maroc, illustre typiquement notre propos), ce qui lui
permet de
sauvegarder les traditions ancestrales pour ne pas devenir "les
colonisés
de l’intérieur" à l’image des "minorités
régionales" complètement assimilées par
la "machine
républicaine française".
Par ailleurs, l’immigration des Juifs du Maroc est une migration
sélective selon "le capital socioculturel" des "catégories
sociales" concernées. La grande majorité de Juifs
marocains qui demeure fortement pénétrée par l’idéologie
sioniste a opté pour l’immigration en Israël : c’est
la catégorie sociale la plus pauvre au sens large du terme,
représentant
en effet les Juifs des mellahs et des bidonvilles qui n’ont guère
profité de la marocanisation. Par contre, ceux qui possédaient
un "capital social évolué" et qui se distinguaient
par leur "occidentalisation" à la française,
ont choisi de se "transplanter" en terre hexagonale ; ces
juifs représentent ainsi "la classe moyenne" la
plus dynamique du Maroc, leur nombre atteignait, en 1965, 32 000 personnes
environ.
Pour terminer, il faut dire que contrairement aux pays anglo-saxons,
en France, à l’instar des autres pays européens, "l’histoire
de l’immigration est presque absente des disciplines universitaires à l’image
des manuels scolaires". Espérant toutefois que cette première
thèse sur l’histoire des migrations marocaines, dont les
grandes lignes sont présentées ici, contribue à la
restitution de la mémoire collective qui ne supportera pas trop
longtemps cet "oubli
historique". Autrement dit, il faut impérativement intégrer
l’histoire de l’immigration dans la conscience nationale
pour espérer restituer les inconscients collectifs des uns et
des autres.
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Notes |
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(1) Le choix chronologique (1910-1965) est
dicté pour
deux raisons renvoyant d’abord aux premières traces de
la présence marocaine en France, attestée par Joanny
Ray (Cf. La thèse de J. Ray, Les Marocains en France, Ed. Maurcie
Lavergne, Paris, 1937 (396 pages). A noter le fait que ce fut la première
thèse soutenue sur l’immigration marocaine). Quant à 1965,
ce fut l’année la plus noire qui marque à jamais
l’histoire
contemporaine du Maroc. C’est ainsi que ce dernier a été le
théâtre des émeutes les plus sanglantes et les
plus tragiques qui ont été déclenchées
depuis Casablanca, le 23 mars 1965. En outre, ce fut le 29 octobre
de la même année
que le célèbre opposant marocain Mehdi Ben Barka fut
enlevé à Paris
et assassiné. Désormais, on parle de " l’affaire
Ben Barka ", qui a fait couler beaucoup d’encre et dont
le cadavre n’a jamais été retrouvé. Autrement
dit, c’est
l’énigme qui a marqué et marque encore l’histoire
politique du XXe siècle étant donné que cette énigme
n’est pas encore élucidée, d’autant plus
que " la
raison d’Etat " (au pluriel) persiste pour ne pas rendre
publique les archives l’impliquant dans un crime contre l’Humanité.
L’assassinat de Ben Barka qui a empoisonné les relations
diplomatiques franco-marocaines pendant des mois a eu pour conséquence
la suspension unilatérale de l’immigration marocaine en
France par Charles De Gaule alors Président de la République.
(2) A noter que cette communication est le résumée des
résultats
essentiels d’une thèse doctorale soutenue et présentée
par l’auteur (mention très honorable avec félicitations
du jury à l’unanimité, thèse à apparaître),
le 14 décembre 2002, sous la direction du Professeur Jean-Marcel
GOGER. Les membres de jury sont composés par Messieurs : Pierre
Barral, Professeur émérite, Histoire contemporaine-Université de
Montpellier III, Abdelkrim BELGUENDOUZ (le spécialiste par excellence
de l’immigration marocaine) : Professeur de Sciences économiques-Université Mohammed
V de Rabat-Agdal et vice-président des économistes marocains,
Ahmed BEN NAOUM : Professeur de Sociologie-Université de Perpignan,
Michel CADE : Professeur d’Histoire contemporaine et vice-Président
de l’Université de Perpignan, Jean-Marcel GOGER : Professeur
d’Histoire Contemporaine et Directeur du CRHISM (Centre de Recherches
Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes),
et enfin Jean SAGNES : Professeur émérite-Histoire contemporaine-Université de
Perpignan.
(3) Voir notre article : Elkbir Atouf, "Les Marocains en France,
histoire d’une
immigration programmée (1914-1992)", in La Médina,
le magazine des cultures et sociétés, n° 16 juillet-août
2002, pp. 64-65.
(4) Cf. Archives du Quai d’Orsay : Série Afrique (1918-1940),
sous série " Affaires
générales ".
(5) Cf. Le rapport du commandant Pierre Dugrais sur les soldats marocains,
1947 (disponible au CHEAM/Paris), et M. H. El Ouazzani, Moudakkirates
(en arabe,
Mémoires,
6 tomes), 1986, T. 2 (1937-1946), p. 59. Voir aussi l’excellente
thèse
inédite de Mohammed Bekraoui, Le Maroc et la Première
Guerre mondiale (1914-1920), thèse soutenue à L’Université de
Provence-Institut d’Histoire des pays d’Outre-mer (sous
la direction de J.-L. Miège),
1987, (2 T., 445 pages, plus illustrations et annexes).
(6) M. Ibn Azzuz Hakim, Actitud de los
Moros Ante el alzamiento, Marruecos : 1936, 1997, pp. 190-191.
(7) Nous utilisons
le terme "nord-africain" tel qu’il a été d’usage
durant la colonisation française dans cette région.
Ce fut une terminologie chargée idéologiquement et
politiquement pour désigner
les populations locales du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie,
appelées communément "indigènes".
Une façon,
certes, de ne pas reconnaître l’identité "nationalitaire" qui
fait la force d’un tel ou tel peuple. Alors que force est de
constater que le terme "Maghrébin" n’est
institutionnalisé définitivement
qu’après la décolonisation de l’Algérie
en 1962.
(8) Cf. RGP de l’INSEE, 1924 et Annuaire statistique de l’INSEE,
Vol. 72.
(9) Cf. RGP de l’INSEE, 1954.
(10) Voir Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad, Le déracinement,
Les éditions
de Minuit, 1964, Paris, (224 pages).
(11) Circulaire n° 46 Tr. du 13 juillet 1928 : Archives du Quai
d’Orsay,
op. cit.
(12) Archives du Quai d’Orsay, Ibid., Abdallah Baroudi, Maroc
impérialisme
et émigration, Editions Hiwar (deuxième édition),
Paris/Rotterdam, 1989, p. 137 et suiv. (211 p.), et la thèse
de J. Ray, op.cit.
(13) Voir notamment les nombreux articles de l’Humanité et
le Populaire de l’époque.
(14) La thèse de J. Ray, op.
cit. , et A. Baroudi, op. cit.
(15) Archives du Quai Orsay : Série Afrique (Affaires musulmanes
et Affaires générales : 1918-1940) ainsi que la Série
M (1950-1955). Voir aussi les Archives interministérielles de
Fontainebleau : Série
TR 14 341 et suiv. (concernant les années 1950-1960).
(16) R. Gallissot, Le patronat européen au Maroc (1931-1942),
thèse éditée
la première fois en 1964 et rééditée
par EDDIF en 1990, 294 pages.
(17) Archives du Quai d’Orsay (Séries précitées),
Archives interministérielles de Fontainebleau, op. cit. , les
documents du CHEAM, le rapport de P. Laroque et F. Ollive (rapporteurs
pour le Conseil d’Etat)
sur les Nord-Africains en France, 1938 (2 Volumes dactylographiés
de 305 pages), la thèse de J. Ray, et enfin le rapport
de Pierre Devillars (qui fut le Directeur de l’Office du
Maroc à Paris entre 1948 et 1951),
L’immigration marocaine en France, 1952 (rapport de 151
pages).
(18) Titre d’un ouvrage de Sami Naîr,
Le regard des vainqueurs, Ed. Figures-Grasset, Paris, 1992 (244 p.).
(19) Pour plus de détails sur cette question : cf. Elkbir Atouf, " Les
institutions coloniales conçues pour les Musulmans de
l’Afrique
du Nord dans l’immigration ", in Revue Migrations
et Santé,
n° 110-111, juillet/août 2002 (article de 31 pages
: cf. pp.161-192). Voir aussi les articles publiés par
le même auteur dans Libération,
n° 3 374, n° 3 375, n° 3 376 et n° 3 377 des
7-11 janvier 2002.
(20) Pour avoir une idée précise
sur les circonstances historiques de la fondation de cette mosquée
: cf. Elkbir Atouf, "La
Mosquée
de Paris. Quel rôle fut joué par le Maroc dans sa
fondation?",
in La Médina, le magazine des cultures et sociétés,
n° 16,
juillet-août 2002, pp. 64-65. Et du même auteur : "Le
pourquoi de la fondation de la Mosquée de Paris (1922-1926)",
in Le Journal hebdomadaire n° 48, du 12-18 janvier 2002,
pp. 20-21.
(21) Cf. Elkbir Atouf, "La Brigade
nord-africaine ou la police de l’immigration
(1925-1945)", in Le Journal hebdomadaire, n° 50, du
26 janvier au 1er février 2002, pp. 20-22. Voir aussi,
du même auteur: l’article
intitulé "Le service de surveillance et de protection
des indigènes
nord-africains", in islam, Revue trimestrielle d’histoire
et de théologie
musulmane, n° 1, janvier-mars 2002, pp. 42-43.
(22) Pour faire le point sur l’histoire
de cette institution : cf. Elkbir Atouf, "L’hôpital
de Bobigny symbole de la politique coloniale musulmane dans l’immigration",
dans la Revue islam, n° 1, op. cit., pp. 44-45.
(23) Archives du Quai d’Orsay, op. cit. , Archives de la police
parisienne, notamment les délibérations des Conseils municipaux
des années
1930, et le rapport de Raoul Aubaud (qui fut Secrétaire
d’Etat au
Ministère de l’Intérieur) sur la main-d’œuvre
nord-africaine, 1938 (rapport de 65 pages).
(24) Faut-il rajouter que le Directeur
de l’hôpital franco-musulman à l’époque,
n’est autre que M. Gérolami : qui dirigeait aussi,
et au même
temps, la Brigade nord-africaine et les autres services de "la
rue Lecomte".
Il fut l’administrateur principal des Communes Mixtes,
avant d’être
détaché par le Gouvernement général
de l’Algérie
pour diriger les fameuses structures policières de l’immigration
nord-africaine depuis 1925. M. Gérolami parle couramment
l’arabe
et le berbère ainsi que les dialectes des populations
nord-africaines.
(25) Pour comprendre l’apport
primordial des étudiants
marocains dans la vie politique au Maroc ainsi que dans l’immigration
: cf. Elkbir Atouf, "Le
rôle du premier mouvement d’étudiants marocains
dans l’autonomisation
politique des Nord-africains en France (1927-1939)", article
publié dans
la Revue islam, n° 2, septembre-novembre 2002, pp. 42-45,
et du même
auteur : " La migration estudiantine marocaine en France
de 1956 à 1965 ",
in Le Journal hebdomadaire n° 72, du 29 juin au 5 juillet
2002, pp. 17-20.
(26) A mentionner que la terminologie "tiers-monde/tiers-mondiste-s" a été inventée
par le démographe Alfred Sauvy, et ce depuis le début
des années
1950.
(27) Jean Waterbury, Le commandeur des croyants, la monarchie marocaine
et son élite,
Ed. PUF (première édition), 1975 , p. 126. Cet
ouvrage de 400 pages (traduit et adapté de l’anglais
par Catherine Aubin), est à l’origine
une thèse de doctorat en Sciences politiques.
(28) Nous avons publié une partie
des résultats de l’enquête
menée à Saint-Fons : cf. Elkbir Atouf, "La
migration juive du Maroc (1919-1942)", in Le Journal hebdomadaire
n° 59 (du 30 mars au 5 avril,
pp. 26-27 : première partie), n° 60 (du 6-12 avril,
pp. 28-29 : deuxième
partie) et n° 61 (du 13-19 avril, pp. 42-43 : troisième
partie) de l’année 2002. Voir aussi et du même
auteur "L’histoire
de la transplantation de la communauté judéo-marocaine
de Saint-Fons (1919-1945)", article à apparaître
dans Archives juives.
(29) Cf. Témoignage/entretien qui nous a été accordé par
David Aknin à Villeurbanne le 10 février 2000.
David n’est
autre que le fils aîné de Aich Aknin : l’un
des pionniers et premiers migrants, en tant que Juifs du Maroc, à Saint-Fons.
(30) Cf. Archives municipales de la
commune de Saint-Fons.
(31) Voir les Archives nationales de Rabat, non cotées.
(32) R. Gallissot et J. Kergoat, (Actes de colloque) Mehdi Ben Barka
de l’indépendance
marocaine à la Tricontinentale, 1997, p. 112 (ouvrage
de 214 p.).
(33) Concernant le rôle du Mossad, services secrets israéliens,
dans l’organisation et la provocation de l’immigration juive
marocaine vers l’Etat hébreu, en passant par les accords
monnayés et
signés entre le Maroc et Israël : cf. Agnès
Ben Simon, Hassan II et les Juifs, histoire d’une émigration
secrète, Ed.
Seuil, 1991 (235 p.), voir notamment pp. 163-167.
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[Présentation
de l'intervenant] |
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