Entre protection des droits et mondialisation

Dynamiques migratoires marocaines : histoire, économie, politique et culture


Communication

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Elkbir Atouf
Les Marocains en France de 1910 à 1965(1): l'histoire d'une immigration programmée(2)

Dans des conditions historiques marquées par la pénétration française en Afrique du Nord, il existe forcément des liens étroits entre la colonisation et la Première Guerre mondiale, l’évolution des processus sociaux des Marocains ainsi que l’émigration/l’immigration, sans négliger pour autant le choix contestable de la politique économique du Maroc indépendant. Ce dernier qui n’a pas hésité à utiliser et instrumentaliser l’émigration comme outil de gestion de la situation socio-politique désastreuse des années 1950-1960. C’est ainsi que nous sommes en présence d’une "immigration programmée"(3), et ce, depuis le début du XX ème siècle.

 

Les premières migrations marocaines en France ont été déclenchées par la Première Guerre mondiale

L’immigration marocaine était insignifiante avant l’instauration du Protectorat. Ce fut la Guerre de 14-18 qui déclencha incontestablement le phénomène migratoire marocain, les années de cette Guerre marquent bien ainsi le début des premières migrations marocaines en France. En définitive, la Première Guerre mondiale a provoqué une migration militarisée qui a eu des conséquences directes et irrémédiables sur les populations marocaines, dans la mesure où elle jouait un rôle capital en tant que déclencheur et initiateur pour toutes les migrations d’après-guerre. Aussi, fait majeur et fondamental, pour la première fois des milliers de Marocains ont eu l’occasion de découvrir l’univers d’une guerre moderne, d’une société de consommation attractive, et des idées nouvelles qui vont bousculer la conscience collective. Le séjour des soldats et travailleurs marocains en France était bénéfique à plus d’un titre, notamment pour l’émergence d’une conscience sociale et politique. Indéniablement, les Marocains qui ont participé à l’expérience de la Guerre de 14-18, ont été largement déracinés et ce n’est nullement le fruit du hasard si des milliers sont revenus en France depuis l’entre-deux-guerres pour y travailler comme simples manœuvres. En somme, l’expérience de la colonisation ainsi que les conséquences de la Première Guerre mondiale, ont fait sauter des structures archaïques, ce qu’aucune révolution n’avait pu faire jusqu’alors au Maroc. L’évolution des processus sociaux vers la modernité, la liberté et les idéaux progressistes capables d’assurer une vie meilleure a émergé à travers la pénétration coloniale.

Au total, ce sont environ 350 à 400 000 Marocains qui ont été recrutés en tant que soldats ou travailleurs "coloniaux" entre la période allant de 1914 à 1956 : on reconnaît officiellement 37 150 soldats et 35 500 travailleurs marocains(4) qui ont participé à l’effort de guerre. Mais le travail analytique et la comparaison des documents disponibles nous autorisent à penser que ces chiffres sont largement sous-estimés. C’est ainsi que l’effort fourni pendant la Guerre de 14-18 est estimé à 85 000 travailleurs et soldats marocains qui ont séjourné en France. En plus, pour assurer la " pacification " et la sécurité du Maroc colonial, l’effectif de 70 à 80 000 soldats était le minimum nécessaire. Quant au recrutement opéré pendant la Seconde Guerre mondiale, il fallait compter sur un effectif minimum situé entre 70 et 90 000 militaires marocains selon les documents disponibles(5). Sans oublier toutefois les soldats marocains qui ont participé aux diverses guerres de décolonisation en Afrique ou en Asie. D’autant plus, que la concurrence fut rude avec le recrutement espagnol qui concernait la guerre civile (1936-1939), cette dernière a été faite en grande partie au détriment de plus de 87 000 Marocains enrôlés dans les troupes franquistes, si l’on croit des sources espagnoles officielles(6). Ces chiffres qui donnent le vertige nous renseignent sur les masses considérables de Marocains qui ont été occupés, militarisés et déracinés durant la colonisation. Il est fortement significatif de remarquer que ce recrutement militaire intensif constitue un mode de déracinement irréversible, voire une condition sociologique préalable pour provoquer les migrations massives qui vont s’opérer durant la période post-coloniale.

 

Le développement inégal des migrations "nord-africaines"(7)

Les migrations internes vers les chantiers de la colonisation, le recrutement miliaire intensif, l’émigration en Algérie voisine jusqu’à la fermeture des frontières algéro-marocaines après le déclenchement de la guerre d’Algérie en 1954, ont largement absorbé, voire "pompé" ou épuisé les potentialités humaines marocaines restant ainsi sur place. Par conséquent, l’immigration de masse est reportée, en fait elle reste en suspens en attendant les conditions sociologiques et historiques qui vont se réaliser au début des années 1960, conditions symbolisées par la signature de la convention de main-d’œuvre franco-marocaine du 1er juin 1963, qui fut une première. Contrairement à l’immigration algérienne, qui elle, commence à se développer massivement depuis l’entre-deux-guerres, à titre d’exemple, on recense officiellement 71 028 entrées algériennes en 1924(8). Lors du Recensement de 1954(9) le nombre de la population algérienne en France atteignait 211 675, ce qui fait que l’effectif algérien a presque triplé en 30 ans. Alors que ce même dernier Recensement établissait la présence de 10 734 Marocains seulement, contre un effectif de 4 800 Tunisiens. D’ailleurs, pendant toute la période coloniale, l’effectif de l’immigration marocaine est resté relativement stable, il tournait autour d’une vingtaine de millier de travailleurs.

Cette situation contrastée entre les deux migrations algéro-marocaines renvoie nécessairement aux structures sociales et économiques des deux sociétés comparées. En effet, la colonisation du Maroc (1912-1956) est beaucoup plus récente par rapport à celle de l’Algérie (1830-1962): les déplacements de populations rurales les plus brutaux et les plus massifs qu’a connu l’histoire ont été opérés en Algérie colonisée. La violence militaire combinée au généralisation des échanges monétaires ont détruit les cadres spatiaux et les structures les plus fondamentales de toute l’économie traditionnelle, voire la "pensée paysanne algérienne"(10) elle-même, et ce, depuis la fin du XIX e siècle déjà. De fait, l’ancien mode de vie est complètement discrédité, il ne pouvait plus faire face à la "dépaysannisation" collective, "l’urbanisation sauvage" et la "bidonvilisation" rapide. Nous sommes désormais dans une époque où l’histoire algérienne est fortement accélérée par des processus sociaux qui ont donné naissance aux mécanismes structurels des urbanisations et des migrations internes les plus massives. C’est à travers ces urbanisations et ces migrations internes que les Algériens vont prendre conscience qu’une vie meilleure est possible ailleurs, d’où le prolongement de l’expérience migratoire interne vers la France. Dans ces conditions, le mouvement migratoire algérien en France ne peut-être que massif. A cela s’ajoute le fait que les Algériens bénéficient de la "libre circulation" entre l’Algérie et la métropole instaurée durant l’entre-deux-guerres et confirmée par le "statut organique de l’Algérie" de septembre 1947.

En effet, la situation qui concerne les Algériens est tout à fait différente de celle des Marocains: à la veille de la décolonisation, l’urbanisation, le salariat et la monétarisation n’ont pas encore été complètement généralisées et achevées. En plus de cela, le lobby fort de colons européens au Maroc n’hésitait pas à exercer la pression sur le Résident général pour que ce dernier interdise l’émigration marocaine vers l’étranger: chose faite en 1928(11), pour ainsi maintenir les bas salaires et disposer d’une main-d’œuvre abondante sur place. C’est ainsi que les mécanismes des processus sociaux ont été retardés et il fallait attendre le début des années 1960 pour que le développement massif de l’immigration marocaine en France se profile. Ainsi, cette dernière passe officiellement de 30 000 personnes environ en 1960 à un peu plus de 87 000 en 1965, l’effectif marocain a presque triplé en cinq ans seulement : c’est une évolution quantitative sans précédent de toute notre période (1912-1965). On peut même dire sans prendre le risque de se tromper que l’immigration marocaine va se substituer à l’immigration algérienne, depuis l’institutionnalisation de la convention franco-marocaine de main-d’œuvre signée le 1er juin 1963.

 

L’immigration "nord-africaine/maghrébine" joue un rôle secondaire socialement mais structurel économiquement

Pendant toute la période consacrée à cette recherche, l’immigration "nord-africaine/ maghrébine" s’est contentée de jouer un rôle marginal sur le plan social. En fait, il s’agit d’une main-d’œuvre qui a toujours occupé le bas de l’échelle sociale sans aucune promotion notable. Néanmoins, ce rôle demeure très important voire structurel pour des milliers d’entreprises qui ont besoin d’une main-d’œuvre non qualifiée professionnellement, car au nom de cette non qualification les "Maghrébins" sont moins payés par rapport aux européens qui occupent le même emploi et travaillent dans les mêmes conditions.

 

Les Marocains ont une préférence particulière et historique pour Clichy et Gennevilliers

D’un autre côté, la répartition géographique des Marocains en France demeure inégale, à l’image des autres immigrations qui se concentrent principalement dans la capitale économique et politique du pays ainsi que dans sa région. En effet, les Marocains travaillaient et se logeaient dans la Seine qui exerce un pouvoir attractif sur plus de 50 % d’entre eux, et ce, depuis l’entre-deux-guerres, avec toutefois, une préférence particulière pour Gennevilliers et Clichy qui ont toujours été les "fiefs" par excellence pour l’immigration marocaine.

 

La particularité de l’origine géographique des départs migratoires marocains en France et l’orientation voire l’instrumentalisation de ces départs

Les départs marocains en France étaient limités au sud marocain (situation similaire avec celle de la Kabylie en Algérie), notamment la région qualifiée administrativement de "territoire d’Agadir" qui reste le principal foyer d’émigration : plus de 90 % de Marocains présents en France avant 1942 sont originaires de cette région, 80 % environ pour la période 1942-1956, et un peu plus de 70 % au milieu des années 1960. L’explication de ce phénomène renvoie encore une fois à l’histoire de la colonisation et l’impact de la Guerre de 14-18. Le premier Résident Général Lyautey (1912-1925) a largement favorisé et orienté cette "région berbère" du sud marocain, non "pacifiée" encore, vers l’émigration, tout en interdisant les départs marocains en provenance des autres régions "pacifiées". Cette situation a été dictée pour des raisons militaires, politiques et idéologiques: c’est en effet dans cette "région berbère" que la colonisation militaire a eu la résistance la plus acharnée à tel point que la dite "pacification" n’est achevée définitivement qu’en 1936. L’émigration ici est un moyen certain de disloquer les rapports sociaux et de vider ainsi cette région du sud marocain de sa population masculine active et résistante. D’ailleurs, il est prouvé que les premiers Marocains qui ont été recrutés par le STC (Service des Travailleurs Coloniaux : 1916-1918), étaient tous originaires de cette région du sud marocain(12). Cette question de l’origine géographique des départs a fortement marqué l’émigration marocaine jusqu’à présent, dans la mesure où les premiers migrants ont conditionné ces départs migratoires, en cautionnant ou recommandant à leurs employeurs des membres de leurs familles, des amis ou des voisins du même village. D’où le rôle primordial de la structure sociale et familiale dans l’alimentation et la reproduction des migrations.

Jusqu’en 1954, les habitants d’Oujda, et surtout ceux du Rif, étaient presque inexistants en France, car ils étaient employés dans les chantiers de l’Algérie coloniale. En revanche, après le déclenchement de la guerre d’Algérie (qui a eu pour conséquence la fermeture des frontières algéro-marocaines), les populations du Rif notamment ont été condamnées à chercher des revenus de substitution en Europe, plus précisément après le soulèvement populaire tragique de 1958-1959 qui a marqué à jamais le Rif. Ce soulèvement se termina dans un bain de sang à l’image de ce qui s’est passé durant la tuerie de Casablanca de mars 1965. C’est ce qui incita le pouvoir marocain en place à utiliser et orienter l’émigration vers l’Europe, selon les régions agitées socio-politiquement, afin d’acheter la paix sociale tout en vidant ces régions perpétuellement protestataires de ses mécontents. Dans ce contexte, on comprend pourquoi le Rif, dans l’état actuel des choses, souffre d’un déséquilibre flagrant concernant ses structures socio-démographiques et écologiques. Ces structures sont conditionnées par le manque cruel des hommes valides et actifs, car ces derniers qui s’occupaient de la terre et de l’élevage ont émigré en Europe. Par conséquent, il ne reste au Rif que des femmes, des enfants et des vieillards qui sont totalement dépendants des revenus de l’immigration.

Indéniablement, le pouvoir marocain a parfaitement réussi l’instrumentalisation politique et idéologique de l’émigration. C’est pour cette raison d’ailleurs que la migration rifaine se caractérise par le fait qu’elle est largement dispersée en Europe avec laquelle des conventions de main-d’œuvre ont été signées. Par contre, la migration originaire de la province d’Agadir est majoritairement implantée en France. Ce n’est que pendant les années 1960 que nous assistons à la généralisation consolidée des départs concernant toute la carte géographique du Maroc, avec une forte présence des populations urbanisées, représentant toutes les villes marocaines sans exception. Toutefois, il faut signaler que des régions comme Casablanca, Agadir et le Rif dominent les départs vers l’Eldorado européen. C’est ce contexte socio-historique lié aux régions de départs et qui trouve son origine dans notre période, qui nous renseigne sur un fait tout à fait original, à savoir que l’immigration marocaine, à l’image de l’immigration turque, est la plus largement répartie en Europe : la France en premier lieu, mais aussi la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne (la RDA), sans parler des pays arabes. Contrairement à l’immigration algérienne qui opte pour la France en tant que principale destination migratoire.


Peut-on parler de la dite migration "clandestine"
qui représente "l’armée de réserve de main-d’œuvre" ?
Qu’est ce qui est "clandestin": le départ, le séjour, l’employeur ou le travail ?


L’immigration marocaine en France a été marquée par les départs clandestins, dont la proportion dépasse ou avoisine les 90 % de l’effectif marocain qui était présent en France durant la période coloniale, mais cette proportion diminua entre 1956 et 1965 pour atteindre les 40 % environ. La presse(13), les documents(14) et surtout les sources(15) de l’époque sont unanimes sur ce fait indéniablement établi. La cause principale qui explique ce phénomène réside dans le pouvoir considérable que le patronat européen avait sur l’économie du Maroc colonial et le Protectorat, comme l’a démontré brillamment la thèse de R. Gallissot(16). C’est ainsi que la Résidence Générale a instauré une réglementation draconienne compliquant la tâche des candidats à l’émigration, et permettant aux colons de bénéficier d’une " armée de réserve " de main-d’œuvre abondante (et/ou stockée) pour pratiquer ainsi les bas salaires. Pis encore, l’immigration marocaine a été purement et simplement interdite en 1928. Ce qui fait que les Marocains n’avaient pas d’autres choix que celui de quitter le Maroc clandestinement et par tous les moyens: d’où le trafic de faux papiers, les embarquements clandestins, etc.

Après l’indépendance du Maroc, les mécontents de la politique économique et sociale désastreuse sont nombreux, ils n’avaient qu’une seule obsession : se faire délivrer le passeport et quitter le pays vers d’autres horizons. Mais la lenteur administrative et les complications des démarches pour monter les dossiers, le laxisme du Makhzen qui ressemble à un "cadavre historique" selon l’expression de l’historien Maâti Monjib. Sans oublier la corruption généralisée et pratiquée systématiquement pour la délivrance des passeports et les pièces annexes, ne font que décourager les candidats à l’émigration qui sont obligés de faire autrement et partir clandestinement. Pourtant, force est de remarquer que contrairement aux idées reçues et écrites souvent, laissant toute une littérature abondante sur ladite "immigration clandestine", ici nous préférons parler plutôt des départs clandestins : car si une grande majorité de ces départs est effectivement clandestine, le travail et le séjour en France, en revanche, ne le sont pas ou ne le sont plus après les nombreuses "régularisations" collectives qui se voulaient toujours exceptionnelles alors qu’elles sont plutôt structurelles. D’autant plus que le migrant marocain concerné ici n’avait aucun mal à trouver un employeur et à se faire "régulariser" par les pouvoirs publics.

Dans ces conditions, c’est bien l’employeur qui transgresse la loi en vigueur et en connaissance de cause, ajoutons que c’est grâce à cet employeur que tel ou tel Marocain a pu "régulariser" sa situation. L’employeur gagne "l’argent de la redevance" qu’il devait payer aux organismes d’introduction de main-d’œuvre (la Société Générale depuis les années 1920 et l’ONI, l’Office National d’Immigration depuis 1945, devenant l’OMI, l’Office des Migrations Internationales en 1988) par lesquels il fallait impérativement passer, sans oublier la pratique des bas salaires que les ouvriers européens n’acceptent guère. C’est ainsi que ces départs clandestins présentent des avantages évidents pour le patronat qui présente les interventions effectuées en faveur des "migrants régularisés" comme une "faveur octroyée" et non comme une obligation pour le Capital qui doit impérativement "stocker l’armée de réserve" de main d’œuvre et acheter à bas prix la force de travail des manœuvres non qualifiés. La dite "clandestinité" devient ainsi une nécessité pour les employeurs et une "soupape de sécurité" pour le pays d’accueil parce qu’une grande majorité de ces migrants n’ont pas une socialisation politique et syndicale contrairement aux ouvriers européens, qui eux, n’hésitent pas à provoquer les troubles sociaux pour défendre leurs droits. De fait, les "migrants régularisés" se contentent des bas salaires pour maintenir ainsi la paix sociale dans l’immigration, sans compter leur participation à l’équilibre socio-démographique et à celui de la sécurité sociale.

 

L’institutionnalisation d’une représentation
collective négative des
Nord-Africains
forgée selon
"le regard des
vainqueurs" et la
préférence des Marocains
au détriment des
Algériens

Les employeurs en France ont une préférence indiscutable pour les Marocains au détriment des Algériens, sous prétexte que "les Marocains ont une productivité supérieure à celle des Algériens". Une documentation abondante officielle et privée(17) confirme cette constatation intrigante. Cette représentation renvoie d’abord à la différence coloniale qui consiste à diviser pour régner afin de faciliter la domination, l’aliénation et la relégation, puisqu’il n’y a aucune science exacte qui a pu démontrer que la productivité d’une telle ou telle nationalité est supérieure à une autre. Seulement il paraît que les travailleurs marocains étaient absents des luttes sociales et politiques menées dans l’immigration. Alors que les Algériens se distinguaient par une socialisation politique et syndicale frappante faisant d’eux des "agitateurs" désignés. En fait ils étaient souvent en conflit avec les employeurs ou/et l’administration française. En outre, la violence de la guerre d’Algérie n’a fait qu’accentuer et empoissonner les rapports entre les Algériens et l’opinion publique française. Par voie de conséquence, les traces et les séquelles de ces relations conflictuelles sont toujours vivaces dans les esprits, beaucoup de Français n’arrivent pas à admettre leur "rapatriement forcé" de leur "Algérie française". Aussi, beaucoup de Français n’ont pas toléré que les Algériens puissent accéder à la citoyenneté française depuis le "statut organique de l’Algérie", du 20 septembre 1947.

L’opinion publique française reste, d’une manière générale, défavorable aux populations maghrébines dans l’immigration, même s’il faut reconnaître une nuance, voire un préjugé favorable pour les Marocains. Cette situation est déjà conditionnée par le statut colonial qui a été réservé à ces populations dans les colonies françaises, statut qui demeure pendant toute la colonisation, rigide, primitif et archaïque. En effet, ce statut a fait la vie belle aux colons européens au détriment des populations locales qui étaient privées des droits sociaux, politiques et syndicaux. C’est ainsi que "l’infériorisation" est institutionnalisée face à la machine de la "supériorité civilisationnelle" que l’impérialisme s’est chargé de diffuser et de reproduire dans cette partie de l’Afrique. La présence des Maghrébins en France a été souvent marquée (et elle l’est toujours) par une vision conceptuelle qui les renvoient systématiquement à leur infériorité intériorisée consciemment ou inconsciemment par l’opinion française. Une opinion qui reste toujours conditionnée et enfermée dans ce que Sami Naîr a appelé Le regard des vainqueurs(18). C’est sous la pression de cette opinion que les pouvoirs publics ont inventé des institutions "spécifiques" aux immigrés nord-africains.

 

Les institutions qui ont fait la politique coloniale musulmane dans l’immigration/l’exil

C’est dans ce contexte historique marqué par l’impérialisme et la domination qu’on assiste à l’institutionnalisation de toute une "politique coloniale musulmane nord-africaine(19)" dans l’immigration, et ce, depuis l’entre-deux-guerres. Cette politique est symbolisée par la fondation de la Mosquée de Paris, dans la construction de laquelle le Maroc a joué un rôle capital (1922-1926), et par la "Brigade nord-africaine" (1925-1945)(21), connue aussi sous le nom de la "rue Lecomte" ou encore le "Bureau Arabe" : ce service "d’assistance" qui se voulait protecteur, officiellement, fut une véritable structure policière qui contrôla et surveilla les nationalistes et intellectuels nord-africains menaçant les intérêts de la politique française. Une troisième institution a été réservée spécifiquement aux Nord-Africains immigrés, il s’agissait de l’Hôpital franco-musulman de Bobigny(22). Hôpital qui a marqué le paysage socio-sanitaire de la région parisienne et a fait couler beaucoup d’encre à propos des motivations officielles qui ont justifié sa création. En réalité, il s’agissait d’une médicalisation qui a eu pour objectif non-avoué de séparer la population parisienne des populations nord-africaines, ces dernières étant jugées "spéciales et spécifiques" : elles sont "porteuses de maladies contagieuses, héréditaires et coloniales"(23). Or, cet Hôpital servait en premier lieu à canaliser des informations utiles pour l’identification(24) des Nord-Africains impliqués dans les groupements politiques nationalistes, car l’ENA (l’Etoile Nord Africaine) de Messali Hadj demandait déjà l’indépendance de toute l’Afrique du Nord depuis sa création en 1926.

 

L’inégale politisation nord-africaine dans l’immigration ou le rôle du premier mouvement d’étudiants marocains dans l’autonomisation politique des Nord-Africains

 

En Algérie, c’est le FLN qui a encadré la révolution militaire permettant la libération du peuple algérien, et il est fort significatif qu’ici ce sont les "hommes d’armes" qui l’ont emporté sur les "hommes de plumes". Alors qu’au Maroc la situation est différente, ce sont les "hommes de plumes" qui ont instauré et récupéré le "nationalisme royal", un fait qui reste unique dans le monde arabo-musulman, excluant ainsi les masses populaires des fruits de la "marocanisation" pour laquelle ces derniers ont risqué ou laissé leur vie. La comparaison entre les deux nationalismes algéro-marocains est frappante, voire pertinente à plus d’un titre. En effet, le nationalisme algérien était né dans l’immigration, il est formé essentiellement dans la mouvance des masses populaires immigrées à l’image de (l’autodidacte) Messali Hadj, qui créa l’ENA en 1926, puis le PPA (le Parti du Peuple Algérien), et le MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) : tous ces mouvements politiques ont fait de Messali Hadj le pionnier et le fondateur incontestable et incontesté du nationalisme algérien.

Au contraire du mouvement national marocain qui est formé initialement par les "classes supérieures" de la société marocaine. C’est ainsi que les intellectuels et les étudiants(25) vont jouer un rôle, si ce n’est pas le rôle premier au sein de ce mouvement national. Si les ouvriers algériens vont largement se distinguer par leur politisation dans l’immigration, ce n’est pas le cas de leurs compatriotes étudiants qui se distinguaient par leur passivité et par leur absence du combat socio-politique jusqu’au milieu des années 1940, et il fallait attendre le milieu des années 1950 pour les remarquer au côté du FLN. Quant aux étudiants marocains, eux, ils monopolisèrent l’espace de l’immigration à travers lequel ils acquirent une socialisation politique pertinente, en rencontrant et s’appuyant sur les intellectuels progressistes du quartier Latin (Français, Européens et "tiers-mondistes"(26)). Quartier qui a fortement marqué l’imaginaire politique et socioculturel de ces étudiants marocains de l’époque.

Pourtant, il faut mentionner toutefois que ce mouvement estudiantin marocain est resté longtemps enfermé et conditionné par son origine bourgeoise qui a été menacée socio-économiquement par la colonisation. En effet, "la bourgeoisie aristocratique" marocaine (de Fès) "comprit très vite que son salut dépendait du démantèlement de l’appareil du Protectorat et de l’éviction des intérêts étrangers"(27). Ceci dit, les éléments les plus dynamiques du mouvement estudiantin formé en France, durant les années 1927-1939, représentèrent le noyau dur du mouvement nationaliste, devenant plus tard l’élite politique pensante du Maroc post-colonial : comme M. H. El Ouazzani le plus "progressiste" parmi eux, Ahmed Balafej qui fut le Premier Ministre du premier gouvernement marocain décolonisé, ou encore Mohammed El Fassi, Omar Abdeljalil, Mohammed El Kholti, etc. Tous ces étudiants qui ont eu des hautes responsabilités politiques ou/et gouvernementales ne pensaient pas le colonialisme en terme de conflit de classes : ils combattaient la colonisation au nom de l’Islam autour duquel les nationalistes sont unifiés contre le christianisme infidèle. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’après l’obtention de "l’indépendance dans l’interdépendance", il n’y a plus de projet collectif de société capable de regrouper toutes les bonnes volontés politiques et économiques du pays, d’autant plus que le manque de clarté idéologique demeure flagrant jusqu’à présent.

Les étudiants marocains en France des années 1950-1960 ont continué à perpétuer la tradition protestataire "bourgeoise" inaugurée par leurs aînés dans les années 1930. Cette opposition leur a permis d’être récupérés et "fonctionnarisés" par le pouvoir makhzenien, à l’image des intellectuels de la fin des années 1950, formés à Paris Mohammed Douiri, Mohammed Boucetta, Mohammed Tahiri, Abdelhafid Kadiri, pour ne citer que ces noms dans la mesure où la liste risque d’être longue. La stratégie de récupération politique et "élitiste" voire d’alliance sociale et familiale sont une constante bien rodée de l’histoire contemporaine du Maroc, dont J. Waterbury est le premier à analyser et décortiquer magistralement les mécanismes socio-anthropologiques structurels. Pourtant, depuis le milieu des années 1960, nous assistons à un changement notable de la diversification de l’origine géographique et sociale des étudiants marocains en France, suite à l’enseignement de masse remarqué depuis la première décennie de la décolonisation. Le résultat de ce changement qui a permis à plusieurs étudiants d’origines modestes d'accéder à l’Université, est la radicalisation politique du mouvement estudiantin marocain organisé au sein de l’UNEM (l’Union Nationale des Etudiants Marocains) proche de l’UNFP (l’Union Nationale des Forces Populaires) de M. Ben Barka. Pour illustrer notre propos, il suffit de rappeler la tragédie/tuerie de Casablanca des 23-25 mars 1965, déclenchée par les lycéens et largement appuyée par les étudiants issus de tous les milieux sociaux, ou encore les manifestations estudiantines, réprimées dans le sang par le pouvoir en place, marquant ainsi le Maroc socio-politique des années 1970-1980.

 

L’originalité de l’immigration judéo-marocaine et le caractère de la communauté juive "transplantée" à Saint-Fons: un cas unique dans l’histoire des migrations juives nord-africaines

 

Avant la création de l’Etat hébreu en 1948, l’émigration des Juifs du Maroc en France était presque insignifiante, excepté la "transplantation" de la communauté judéo-marocaine de Saint-Fons (située dans la région lyonnaise). En effet, l’enquête(28) de terrain que nous avons menée sur le territoire de cette commune nous a permis de révéler, pour la première fois, qu’un petit groupe de Juifs marocains originaires de Marrakech et Mogador (l’actuelle Essaouira) était venu en France dans le cadre de la Guerre de 14/18. Après la fin de cette Guerre, ce petit groupe réussissait à rester dans la commune de Saint-Fons pour y travailler. Ce sont ces primo-migrants en France (les Aich Aknin(29), les Ben Attar, les Bitton) qui sont à l’origine de la fondation de la communauté judéo-marocaine de Saint-Fons. Cette communauté atteignait un effectif variant entre 250 et 400 personnes dans les années 1930(30). Ceci étant dit, l’enracinement de cette communauté judéo-marocaine à Saint-Fons reste un cas tout à fait original et unique dans l’histoire des migrations juives nord-africaines de l’entre-deux-guerres. Car c’était la première communauté judéo-marocaine, voire nord-africaine, fondée dans cette région.

Les conséquences de la Seconde Guerre et le nouveau contexte géopolitique international, symbolisés par la création de l’Etat d’Israël ont changé la donne en bouleversant les structures traditionnelles des diasporas juives dispersées à travers le monde. Désormais, on assiste à l’implantation en Afrique du Nord et surtout au Maroc des organisations juives sionistes considérant le Maroc comme un réservoir inépuisable pour peupler Israël. Le jeune Etat hébreu avait besoin des masses démographiques importantes qui font le poids politique et idéologique sur le plan national et international, d’autant que ce jeune Etat manque cruellement de main-d’œuvre pour construire ses "villes de développement". En 1948, le Maroc colonial devait comptait entre 220 et 230 000 juifs, représentant le nombre le plus important dans cette région africaine. Ce nombre a été réduit à 60 000 juifs au milieu des années 1960(31): situation qui s’explique par de nombreux départs vers Israël notamment, mais aussi vers l’Amérique du Nord et l’Europe. Les incertitudes qui ont marqué le Maroc après son indépendance, et plus précisément les soulèvements populaires tragiques qui ont secoué le Maroc entre 1958 et 1965, la guerre des six jours de juin 1967, tous ces événements n’ont fait qu’accélérer l’immigration judéo-marocaine. Il est vrai que le gouvernement marocain a tout fait pour intégrer les Juifs marocains dans la vie publique et privée. Par contre, la classe politique marocaine a été divisée sur ce qui a été appelé par la presse de l’époque "la question juive", c’est ainsi que M. Ben Barka, par exemple, "se prononçait ouvertement pour la liberté religieuse et contre la marginalisation des Juifs marocains. Contrairement à Allal El Fassi, qui lui, opta pour leur exclusion de la vie économique et politique", mentionne R. Gallissot(32).

Quoi qu’il en soit, il faut signaler que ces Juifs marocains n’ont jamais été exécutés ou menacés collectivement dans leur vie privée comme c’était le cas en Europe (l’antisémitisme et les déportations vers les camps de la mort). C’est seulement une psychose collective de départs qui s’est institutionnalisée après l’apparition de deux événements majeurs :

- la création de l’Etat d’Israël a joué le rôle d’un pays d’accueil concurrentiel et supplémentaire, c’est ainsi que l’Etat hébreu représente désormais une identité juive ou sioniste, réelle ou fictive, pour des milliers de migrants judéo-marocains en quête d’un symbole identitaire "nationalitaire".

- l’interdiction du pouvoir marocain de toute migration juive vers Israël en septembre 1956, a été mal vécue par la communauté juive du Maroc, ce qui a fortement renforcé le sentiment d’insécurité et d’instabilité. Par conséquent, les organisations sionistes et les services secrets israéliens ont pris la relève pour organiser les départs juifs clandestinement, mais ces départs ont été jugés par les responsables israéliens insuffisants et risqués. D’où les accords monnayés qui ont été provoqués par le Mossad(33) et signés en 1961, pour laisser partir 120 000 Juifs du Maroc entre 1961 et 1965 : ce sont les départs les plus massifs de toute l’histoire de l’immigration marocaine de cette période. Ces départs ont transité par la France, dont le camp du Grand Arenas de Marseille servait de "refuge transitoire" avant le débarquement vers Israël. Toutefois, plusieurs milliers de Juifs marocains ont profité de leur séjour à Marseille pour rester en France et s’y implanter.

La décolonisation du Maghreb eut pour conséquence directe et indirecte l’arrivée massive des Juifs originaires de cette région. C’est ainsi qu’on assista à une profonde mutation des structures socio-démographiques, professionnelles, culturelles et économiques voire politiques du judaïsme français. De même, malgré la francisation des Juifs du Maroc, ces derniers donnent une importance capitale à l’affirmation de leur " marocanité " en tant qu’identité collective absorbée par le devoir de mémoire (l’exemple du CRJM : Centre de Recherche sur les Juifs du Maroc, illustre typiquement notre propos), ce qui lui permet de sauvegarder les traditions ancestrales pour ne pas devenir "les colonisés de l’intérieur" à l’image des "minorités régionales" complètement assimilées par la "machine républicaine française".

Par ailleurs, l’immigration des Juifs du Maroc est une migration sélective selon "le capital socioculturel" des "catégories sociales" concernées. La grande majorité de Juifs marocains qui demeure fortement pénétrée par l’idéologie sioniste a opté pour l’immigration en Israël : c’est la catégorie sociale la plus pauvre au sens large du terme, représentant en effet les Juifs des mellahs et des bidonvilles qui n’ont guère profité de la marocanisation. Par contre, ceux qui possédaient un "capital social évolué" et qui se distinguaient par leur "occidentalisation" à la française, ont choisi de se "transplanter" en terre hexagonale ; ces juifs représentent ainsi "la classe moyenne" la plus dynamique du Maroc, leur nombre atteignait, en 1965, 32 000 personnes environ.

Pour terminer, il faut dire que contrairement aux pays anglo-saxons, en France, à l’instar des autres pays européens, "l’histoire de l’immigration est presque absente des disciplines universitaires à l’image des manuels scolaires". Espérant toutefois que cette première thèse sur l’histoire des migrations marocaines, dont les grandes lignes sont présentées ici, contribue à la restitution de la mémoire collective qui ne supportera pas trop longtemps cet "oubli historique". Autrement dit, il faut impérativement intégrer l’histoire de l’immigration dans la conscience nationale pour espérer restituer les inconscients collectifs des uns et des autres.

 

Notes

 

(1) Le choix chronologique (1910-1965) est dicté pour deux raisons renvoyant d’abord aux premières traces de la présence marocaine en France, attestée par Joanny Ray (Cf. La thèse de J. Ray, Les Marocains en France, Ed. Maurcie Lavergne, Paris, 1937 (396 pages). A noter le fait que ce fut la première thèse soutenue sur l’immigration marocaine). Quant à 1965, ce fut l’année la plus noire qui marque à jamais l’histoire contemporaine du Maroc. C’est ainsi que ce dernier a été le théâtre des émeutes les plus sanglantes et les plus tragiques qui ont été déclenchées depuis Casablanca, le 23 mars 1965. En outre, ce fut le 29 octobre de la même année que le célèbre opposant marocain Mehdi Ben Barka fut enlevé à Paris et assassiné. Désormais, on parle de " l’affaire Ben Barka ", qui a fait couler beaucoup d’encre et dont le cadavre n’a jamais été retrouvé. Autrement dit, c’est l’énigme qui a marqué et marque encore l’histoire politique du XXe siècle étant donné que cette énigme n’est pas encore élucidée, d’autant plus que " la raison d’Etat " (au pluriel) persiste pour ne pas rendre publique les archives l’impliquant dans un crime contre l’Humanité. L’assassinat de Ben Barka qui a empoisonné les relations diplomatiques franco-marocaines pendant des mois a eu pour conséquence la suspension unilatérale de l’immigration marocaine en France par Charles De Gaule alors Président de la République.

(2) A noter que cette communication est le résumée des résultats essentiels d’une thèse doctorale soutenue et présentée par l’auteur (mention très honorable avec félicitations du jury à l’unanimité, thèse à apparaître), le 14 décembre 2002, sous la direction du Professeur Jean-Marcel GOGER. Les membres de jury sont composés par Messieurs : Pierre Barral, Professeur émérite, Histoire contemporaine-Université de Montpellier III, Abdelkrim BELGUENDOUZ (le spécialiste par excellence de l’immigration marocaine) : Professeur de Sciences économiques-Université Mohammed V de Rabat-Agdal et vice-président des économistes marocains, Ahmed BEN NAOUM : Professeur de Sociologie-Université de Perpignan, Michel CADE : Professeur d’Histoire contemporaine et vice-Président de l’Université de Perpignan, Jean-Marcel GOGER : Professeur d’Histoire Contemporaine et Directeur du CRHISM (Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes), et enfin Jean SAGNES : Professeur émérite-Histoire contemporaine-Université de Perpignan.

(3) Voir notre article : Elkbir Atouf, "Les Marocains en France, histoire d’une immigration programmée (1914-1992)", in La Médina, le magazine des cultures et sociétés, n° 16 juillet-août 2002, pp. 64-65.

(4) Cf. Archives du Quai d’Orsay : Série Afrique (1918-1940), sous série " Affaires générales ".

(5) Cf. Le rapport du commandant Pierre Dugrais sur les soldats marocains, 1947 (disponible au CHEAM/Paris), et M. H. El Ouazzani, Moudakkirates (en arabe, Mémoires, 6 tomes), 1986, T. 2 (1937-1946), p. 59. Voir aussi l’excellente thèse inédite de Mohammed Bekraoui, Le Maroc et la Première Guerre mondiale (1914-1920), thèse soutenue à L’Université de Provence-Institut d’Histoire des pays d’Outre-mer (sous la direction de J.-L. Miège), 1987, (2 T., 445 pages, plus illustrations et annexes).

(6) M. Ibn Azzuz Hakim, Actitud de los Moros Ante el alzamiento, Marruecos : 1936, 1997, pp. 190-191.

(7) Nous utilisons le terme "nord-africain" tel qu’il a été d’usage durant la colonisation française dans cette région. Ce fut une terminologie chargée idéologiquement et politiquement pour désigner les populations locales du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie, appelées communément "indigènes". Une façon, certes, de ne pas reconnaître l’identité "nationalitaire" qui fait la force d’un tel ou tel peuple. Alors que force est de constater que le terme "Maghrébin" n’est institutionnalisé définitivement qu’après la décolonisation de l’Algérie en 1962.

(8) Cf. RGP de l’INSEE, 1924 et Annuaire statistique de l’INSEE, Vol. 72.

(9) Cf. RGP de l’INSEE, 1954.

(10) Voir Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad, Le déracinement, Les éditions de Minuit, 1964, Paris, (224 pages).

(11) Circulaire n° 46 Tr. du 13 juillet 1928 : Archives du Quai d’Orsay, op. cit.

(12) Archives du Quai d’Orsay, Ibid., Abdallah Baroudi, Maroc impérialisme et émigration, Editions Hiwar (deuxième édition), Paris/Rotterdam, 1989, p. 137 et suiv. (211 p.), et la thèse de J. Ray, op.cit.

(13) Voir notamment les nombreux articles de l’Humanité et le Populaire de l’époque.

(14) La thèse de J. Ray, op. cit. , et A. Baroudi, op. cit.

(15) Archives du Quai Orsay : Série Afrique (Affaires musulmanes et Affaires générales : 1918-1940) ainsi que la Série M (1950-1955). Voir aussi les Archives interministérielles de Fontainebleau : Série TR 14 341 et suiv. (concernant les années 1950-1960).

(16) R. Gallissot, Le patronat européen au Maroc (1931-1942), thèse éditée la première fois en 1964 et rééditée par EDDIF en 1990, 294 pages.

(17) Archives du Quai d’Orsay (Séries précitées), Archives interministérielles de Fontainebleau, op. cit. , les documents du CHEAM, le rapport de P. Laroque et F. Ollive (rapporteurs pour le Conseil d’Etat) sur les Nord-Africains en France, 1938 (2 Volumes dactylographiés de 305 pages), la thèse de J. Ray, et enfin le rapport de Pierre Devillars (qui fut le Directeur de l’Office du Maroc à Paris entre 1948 et 1951), L’immigration marocaine en France, 1952 (rapport de 151 pages).

(18) Titre d’un ouvrage de Sami Naîr, Le regard des vainqueurs, Ed. Figures-Grasset, Paris, 1992 (244 p.).

(19) Pour plus de détails sur cette question : cf. Elkbir Atouf, " Les institutions coloniales conçues pour les Musulmans de l’Afrique du Nord dans l’immigration ", in Revue Migrations et Santé, n° 110-111, juillet/août 2002 (article de 31 pages : cf. pp.161-192). Voir aussi les articles publiés par le même auteur dans Libération, n° 3 374, n° 3 375, n° 3 376 et n° 3 377 des 7-11 janvier 2002.

(20) Pour avoir une idée précise sur les circonstances historiques de la fondation de cette mosquée : cf. Elkbir Atouf, "La Mosquée de Paris. Quel rôle fut joué par le Maroc dans sa fondation?", in La Médina, le magazine des cultures et sociétés, n° 16, juillet-août 2002, pp. 64-65. Et du même auteur : "Le pourquoi de la fondation de la Mosquée de Paris (1922-1926)", in Le Journal hebdomadaire n° 48, du 12-18 janvier 2002, pp. 20-21.

(21) Cf. Elkbir Atouf, "La Brigade nord-africaine ou la police de l’immigration (1925-1945)", in Le Journal hebdomadaire, n° 50, du 26 janvier au 1er février 2002, pp. 20-22. Voir aussi, du même auteur: l’article intitulé "Le service de surveillance et de protection des indigènes nord-africains", in islam, Revue trimestrielle d’histoire et de théologie musulmane, n° 1, janvier-mars 2002, pp. 42-43.

(22) Pour faire le point sur l’histoire de cette institution : cf. Elkbir Atouf, "L’hôpital de Bobigny symbole de la politique coloniale musulmane dans l’immigration", dans la Revue islam, n° 1, op. cit., pp. 44-45.

(23) Archives du Quai d’Orsay, op. cit. , Archives de la police parisienne, notamment les délibérations des Conseils municipaux des années 1930, et le rapport de Raoul Aubaud (qui fut Secrétaire d’Etat au Ministère de l’Intérieur) sur la main-d’œuvre nord-africaine, 1938 (rapport de 65 pages).

(24) Faut-il rajouter que le Directeur de l’hôpital franco-musulman à l’époque, n’est autre que M. Gérolami : qui dirigeait aussi, et au même temps, la Brigade nord-africaine et les autres services de "la rue Lecomte". Il fut l’administrateur principal des Communes Mixtes, avant d’être détaché par le Gouvernement général de l’Algérie pour diriger les fameuses structures policières de l’immigration nord-africaine depuis 1925. M. Gérolami parle couramment l’arabe et le berbère ainsi que les dialectes des populations nord-africaines.

(25) Pour comprendre l’apport primordial des étudiants marocains dans la vie politique au Maroc ainsi que dans l’immigration : cf. Elkbir Atouf, "Le rôle du premier mouvement d’étudiants marocains dans l’autonomisation politique des Nord-africains en France (1927-1939)", article publié dans la Revue islam, n° 2, septembre-novembre 2002, pp. 42-45, et du même auteur : " La migration estudiantine marocaine en France de 1956 à 1965 ", in Le Journal hebdomadaire n° 72, du 29 juin au 5 juillet 2002, pp. 17-20.

(26) A mentionner que la terminologie "tiers-monde/tiers-mondiste-s" a été inventée par le démographe Alfred Sauvy, et ce depuis le début des années 1950.

(27) Jean Waterbury, Le commandeur des croyants, la monarchie marocaine et son élite, Ed. PUF (première édition), 1975 , p. 126. Cet ouvrage de 400 pages (traduit et adapté de l’anglais par Catherine Aubin), est à l’origine une thèse de doctorat en Sciences politiques.

(28) Nous avons publié une partie des résultats de l’enquête menée à Saint-Fons : cf. Elkbir Atouf, "La migration juive du Maroc (1919-1942)", in Le Journal hebdomadaire n° 59 (du 30 mars au 5 avril, pp. 26-27 : première partie), n° 60 (du 6-12 avril, pp. 28-29 : deuxième partie) et n° 61 (du 13-19 avril, pp. 42-43 : troisième partie) de l’année 2002. Voir aussi et du même auteur "L’histoire de la transplantation de la communauté judéo-marocaine de Saint-Fons (1919-1945)", article à apparaître dans Archives juives.

(29) Cf. Témoignage/entretien qui nous a été accordé par David Aknin à Villeurbanne le 10 février 2000. David n’est autre que le fils aîné de Aich Aknin : l’un des pionniers et premiers migrants, en tant que Juifs du Maroc, à Saint-Fons.

(30) Cf. Archives municipales de la commune de Saint-Fons.

(31) Voir les Archives nationales de Rabat, non cotées.

(32) R. Gallissot et J. Kergoat, (Actes de colloque) Mehdi Ben Barka de l’indépendance marocaine à la Tricontinentale, 1997, p. 112 (ouvrage de 214 p.).

(33) Concernant le rôle du Mossad, services secrets israéliens, dans l’organisation et la provocation de l’immigration juive marocaine vers l’Etat hébreu, en passant par les accords monnayés et signés entre le Maroc et Israël : cf. Agnès Ben Simon, Hassan II et les Juifs, histoire d’une émigration secrète, Ed. Seuil, 1991 (235 p.), voir notamment pp. 163-167.

 

     
[Présentation de l'intervenant]