Yvan Gastaut
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Les grèves dans l'automobile en France (1982-84) : un mouvement
social marocain ?
Cette communication s'attachera à mettre en lumière
l'importance de la composante marocaine dans le conflit social qui
toucha le secteur de l'automobile français au début des
années quatre-vingt. Véritable tournant dans l'histoire économique
de l'après guerre, le temps de ces grèves s'apparente à une
moment charnière dans l'histoire de l'immigration maghrébine
et marocaine en particulier. Difficile passage de témoin dans
l'espace public entre une première génération,
enlisée dans un monde ouvrier en crise, et une seconde génération
remarquée dans l'espace public à travers la Marche des
beurs; exacerbation du racisme au sein de l'opinion publique et des
pouvoirs publics: les ouvriers marocains du secteur automobile vont
mener une lutte dont le mot d'ordre sera "la dignité".
Fortement majoritaires dans les usines Peugeot, Talbot, Renault de
la région parisienne, ces travailleurs immigrés ont développé un
mouvement fondé sur l'autonomie autour de l'ATMF (association
des travailleurs marocains de France) avançant des revendications
originales, preuve à la fois d'une intégration réelle
dans la classe ouvrière française et d'une spécificité marocaine
que nous analyserons. Pour la dignité, la lutte s'est engagée à deux
niveaux: agir contre les restructurations, dénoncer les plans
de licenciements, négocier, manifester mais aussi revendiquer
l'égalité de traitement avec les ouvriers français,
le droit à la prière et plus globalement à l'expression
de différences culturelles.
Mal vue sur place par les syndicats
et une partie des ouvriers, bouc émissaire du gouvernement,
pomme de discorde entre diplomatie française et marocaine et
cible de l'opinion publique, la tonalité marocaine de ce mouvement
social ne connaîtra guère de lendemain, victime de l'évolution
du paysage socio-économique français.
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