Gema Martín Muñoz
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Perceptions et réalité des Marocains en Espagne
L’immigration en Espagne est une expérience très
récente qui a lieu dans une société possédant
une très forte perception historique de son homogénéité culturelle
et religieuse. En fait, depuis l’expulsion des musulmans et des
juifs par les Rois Catholiques l’identité collective espagnole
a été le résultat d’une conception très
monolithique et uniforme, sans visibilité de diversité de
race, de culture et de religion.
À partir des années 80 l’immigration va transformer cet état
de fait. Dans un tel contexte, la société espagnole est passée
en une vingtaine d'années par de grandes transformations du paysage urbain,
ainsi que des populations en âge scolaire. Ce n'est plus un pays uniforme,
avec une seule religion (le catholicisme), et il doit de plus partager un Etat–Providence,
nettement moins providentiel avec d'autres communautés(1).
De plus, cette
expérience a eu lieu à un moment où la
dynamique migratoire se caractérise par l’installation permanente
des immigrés dans le pays d’accueil. Contrairement à ce
qui se passait jadis, la plupart des migrants aujourd'hui ne pensent pas
au "retour" dans
leur pays d'origine, où ils n'ont, de toute façon, aucune perspective
d'avenir, au vu de la crise, économique, sociale et politique, plus
grave que jamais et sans aucun signe d'amélioration à moyen
terme. Ils ne sont pas des travailleurs temporaires, caractérisés
par un comportement discret, "rasant les murs", comme c'était
le cas pour ceux qui se considéraient en transit, de façon
provisoire, dans un pays étranger. Alors qu'aujourd'hui, les immigrés
vont devenir partie intégrante de nos sociétés, en tant
que nouveaux citoyens. Au contraire, ils deviennent visibles et ils réclament
l’égalité devant la loi en défendant leurs identités
de référence.
Dans ce cadre-là, la question de l’intégration
est devenue omniprésente dans le débat public actuel.
Mais celles-ci tournent autour de trois axes. D'une part, il y a une
forte tendance à concevoir
l'intégration comme un effort unilatéral, qui doit être
uniquement le fait des immigrés, confondant ce concept avec celui
d'assimilation, en asseyant de préserver une uniformité historique
enracinée
dans la mémoire collective. En revanche, on n’envisage guère
dans l’opinion publique de penser qu'il s'agit d'un processus d'adaptation
mutuelle, où la population autochtone doit également passer
par certains changements, au niveau juridique, institutionnel, voire idéologique.
Bref, qu’il s'agit d'un processus dynamique et bilatéral qui
doit avoir comme cadre de référence l’égalité devant
la loi.
D’autre part, loin d’être comprise comme un processus
nécessaire,
résultat de la nouvelle réalité migratoire qui caractérise
l’Espagne actuelle, la question de l’intégration est
perçue
comme “problème” et “conflit”. Cette perception
plutôt négative est liée à l’idée
dominante qui ne considère l’intégration qu’en
fonction de la culture et de la religion. L’intégration
a, au moins, trois volets: juridique, socio-économique et culturel,
et c’est la
conjugaison de ces trois aspects qui permettra une approche correcte
et la réussite du processus d’intégration. Mais,
la culture et la religion sont considérées comme les éléments
les plus importants, du fait de la "culturalisation” de toutes
les réalités sociales.
Étant donné que les flux migratoires les plus importants
en direction de l’Espagne viennent d'Afrique du Nord –surtout
du Maroc- (et donc de pays arabes et musulmans), d'Amérique
Latine et d'Europe de l'Est, la question de l'intégration “comme
problème” se
concentre principalement sur les premiers, perçus comme les
plus différents.
Les Sud-Américains et les Européens des pays de l'Est
sont considérés
comme plus proches de nous culturellement que les Musulmans, les deux
communautés
sont chrétiennes, les Sud–Américains parlent la
même
langue que nous et les Européens de l'Est appartiennent au même
espace, celui de l'Europe.
C'est pourquoi l'argument le plus répandu dans la population
aujourd'hui est que "les Musulmans (c’est-à-dire
les Marocains) ne sont pas capables de s'intégrer dans la société espagnole",
et qu'ils représentent, par conséquent, une source de
conflit potentiel pour notre société, nos valeurs et
notre identité.
Une différence est établie entre "cultures conflictuelles" d'une
part et cultures "intégrables", de l'autre. L'islam,
clairement rangé parmi les premières, est donc considéré comme
plus éloigné de notre culture, et il en devient une menace.
Des hommes politiques connus, responsables des questions d'immigration
prennent
publiquement position pour affirmer que les besoins en main d'œuvre
du marché du travail doivent être couverts par les pays
d'Amérique
latine et d'Europe de l'Est, puisque le catholicisme est, disent-ils,
un facteur clé d'intégration(2). De plus, depuis que
quelques écoles
ont commencé à enseigner l'Arabe et la Civilisation musulmane
dans le cadre du programme "Enseigner la langue et la culture
du pays d'origine", la hiérarchie de l'Eglise catholique
déclare
que la présence croissante d'autres religions peut être
considérée
comme une menace pour le catholicisme.
Tout cela est bien évidemment lié à des a priori, des
stéréotypes et des préjugés qui alimentent l’imaginaire
historique espagnol du Maroc, de l'Islam et du Monde musulman, auquel s’ajoute
l’impact des événements politiques internationaux des derniers
années, et qui sont projetés sur les communautés d'immigrés
en provenance de cette région du monde. C'est d'autant plus évident
si on tient compte de la taille de la communauté musulmane en Espagne,
qui même si elle représente la communauté immigrée
la plus importante (composée surtout des Marocains) compte à peine
500 000 personnes sur une population totale de 40 millions d'habitants.
Tout d’abord, les raisons de cette perception négative
proviennent d'un très long processus, qui est étroitement
lié à l'expérience
historique de l'Espagne vis-à-vis des Arabes et des Musulmans,
et ensuite à la
conception européenne de la supériorité culturelle
de l'Occident.
Il existe en Espagne une mythologie culturelle autour des "Maures"(3) qui
est encore très présente aujourd'hui dans l'inconscient
collectif(4). Depuis la prise de Grenade à la
fin du XVe siècle,
qui était
le dernier émirat hispano-musulman, l'horizon mental de l'Espagne
se définit par l'opposition entre Maures et Chrétiens(5).
L'"autre" sera,
dès lors, à la fois musulman et étranger, de manière à correspondre à l'image
de l'Espagne qui venait d'être créée par les Rois
Catholiques, selon laquelle l'unité du pays était déterminée
par son homogénéité culturelle et religieuse.
Les huit siècles de Al-Andalous furent donc considérés
comme une occupation et les batailles des Chrétiens contre les
Musulmans une reconquête
du pays. Les Musulmans et les Juifs furent expulsés et ceux
qui décidèrent
de rester se virent contraints à acquérir une autre culture,
une autre religion et une autre identité. Ce qui n'empêcha
pas qu'on leur reproche leur "non-intégration" et
qu'ils soient systématiquement persécutés par
une Eglise catholique raciste et fanatique, avant de se faire définitivement
expulser en 1609(6).
Depuis, l'interprétation "officielle" de l'Histoire,
fournie jusqu'à aujourd'hui par l'école historiographique
dominante, insiste en permanence sur les racines romano-visigo-chrétiennes
de l'Espagne, dans la négation du legs musulman, et considère
que la déportation
des Morisques au XVIIe siècle constitue la rupture définitive
avec la civilisation islamique. D'autres facteurs historiques ont contribué à construire
l'équation : islam = ennemi, menace ou invasion. Les attaques
des pirates berbères d'Afrique du Nord à partir du XVe
siècle, les
affrontements permanents avec la Turquie au XVIIe et au XVIIIe, la
relation conflictuelle avec le Maroc au XIXe qui a abouti à plusieurs
guerres. Enfin, la participation de Marocains dans l'armée du
général
Franco pendant la guerre civile en 1936 contre le gouvernement légitime
de la République espagnole, a été vécue
comme le "retour
des Maures", ce qui a, en conséquence renforcé l'image
négative
des Arabes et de l'Islam(7).
En plus de cette expérience historique qui lui est propre,
la mentalité espagnole
partage avec les autres pays d'Europe et le monde occidental en général,
le "paradigme culturel consensuel", fondé sur une
vision "essentialiste" de
la culture islamique, ainsi qu'un sentiment de supériorité culturelle.
Cette conception est le produit d'un long processus historique qui
remonte à la
Renaissance, et qui s'est intensifié pendant le colonialisme
au XIXe et au XXe siècle. Pendant la Renaissance, tout d'abord,
où s'est
développée l'idée que la pensée européenne
s'enracine exclusivement dans les fondements gréco-romains et
judéo-chrétiens
(excluant la contribution des cultures orientales). Plus tard, avec
le développement
du colonialisme, nous en sommes arrivés à penser que
la culture européenne était supérieure à toutes
les autres, et à mépriser la culture des peuples colonisés.
L'Europe est depuis imbue d'un ethnocentrisme culturel profond qui
lui sert de prisme
essentialiste pour mépriser les autres cultures (c’est-à-dire
qu'elle considère que les autres cultures sont fermées,
immuables, monolithiques, incapables de progrès ou d'évolution,
ce qui détermine
leur avenir). Nous avons en conséquence tendance à penser
que les concepts de progrès, de dynamisme et d'innovation appartiennent à la
civilisation européenne, qui est ensuite devenue occidentale,
et qui doit être universellement imitée(8).
Cette vision essentialiste, alliée à notre perception historique
des Maures, est profondément enracinée dans la mentalité espagnole,
et elle constitue la raison principale de son incapacité à comprendre
l'islam et de son entêtement à penser que l'intégration
des Musulmans ne peut se faire que par l'assimilation.
À
tout cela s’ajoutent les conséquences des attentats terroristes
du 11 Septembre, qui ont considérablement renforcé le
sentiment de supériorité culturelle de l'Occident et
la stigmatisation essentialiste des Musulmans, ce qui n'est pas sans
conséquences pour
les Musulmans qui vivent en Occident. On a vu resurgir l'idée
selon laquelle Occident = monde civilisé, dans un scénario
qui glorifie les vertus de "notre culture" en l'opposant à un
monde arabe "médiéval", "archaïque", "primitif",
etc... Un grand nombre de personnes en sont arrivées à une
conception dualiste des choses selon laquelle les attentats du 11 Septembre,
attribués
pourtant à un groupe terroriste bien précis, sont en
fait l'expression d'un affrontement entre deux modèles, deux
mondes monolithiques opposés,
voire même en état de guerre : l'Occident et le monde
musulman(9).
De plus, les media transmettent constamment l'idée qui veut que tout
Musulman vivant en Europe peut être un terroriste clandestin, et que
plus ils sont intégrés, plus ils sont suspects. Ces articles
ne font qu'augmenter les préjugés contre les Musulmans et le
sentiment de suspicion à l'encontre de ceux qui vivent dans nos pays,
entraînant en conséquence des attitudes xénophobes qui
peuvent avoir des conséquences sociales extrêmement graves.
À
partir de cet amalgame qui est le résultat de la mémoire
historique et des événements les plus récents,
on a abouti à une
démarcation entre "immigrants désirables" (latino-américains
et de l’Europe de l’Est) et "immigrants suspects" (marocains
et musulmans en général) qui oriente la perception de
la société,
ainsi que les politiques migratoires.
Dans ce sens, on ne peut passer sous silence que lors du dernier
processus de régularisation qui a eu lieu en Espagne en l'an
2000, le nombre de dossiers rejetés était très élevé dans
le cas des Marocains, Algériens et Pakistanais (50 %), alors
que les Equatoriens et les Colombiens ont été le groupe
le plus favorisé avec
76 % de dossiers acceptés(10).
En outre, il y a eu, par exemple, en Février 2002 un énorme tohu-bohu
social et médiatique autour de la question du "foulard islamique" (hijab),
porté par une jeune fille marocaine à l'école. Le cas
a été présenté la plupart du temps comme une menace
pour "nos valeurs culturelles modernes", alors que les violentes émeutes
racistes qui ont eu lieu dans le Sud de l'Espagne (El Ejido) contre les travailleurs
marocains en Février 2000, sont loin d'avoir suscitées des réactions
aussi vives dans la société en général.
On peut en avoir d'ailleurs un autre exemple avec ce qui s'est produit
en Andalousie en Mars 2002. Les agriculteurs de la région de
Huelva ont refusé d'embaucher
des Marocains pour la cueillette des fraises comme ils le faisaient
les années
précédentes. Ils ont embauché des Polonaises à leur
place. Avec comme résultat, 7000 Marocains sans emploi, errant
dans les rues à la recherche de nourriture(11).
Il s'agit sans doute de l'épisode
le plus frappant, et il a inévitablement été rendu
public, mais la tendance existe et va croissant, même si elle
est encore peu visible.
Il est d'autre part intéressant de constater
que les immigrés
d'Afrique subsaharienne, dont un grand nombre sont également
musulmans, et qui viennent de cultures très différentes
de la nôtre,
ne sont pas inclus dans cette perspective négative. Au contraire,
ils sont considérés comme des gens tranquilles et dociles.
Pendant les attaques racistes de El Ejido, les habitants du village
déclaraient
dans les media qu'ils n'étaient pas racistes puisqu'ils n'ont
rien contre les Noirs qui sont "gentils" et "dociles"(12).
La réaction
de rejet vise les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient qui constituent
le "véritable" monde musulman aux yeux de la société espagnole.
Face à cette
mythologie anti-musulmane créée par l'imaginaire
collectif espagnol et appliquée aujourd'hui aux Marocains qui
vivent en Espagne, quelle est la situation réelle de ces immigrés
aujourd’hui
?
Entre Novembre 2001 et Février 2002, nous avons réalisé une
enquête sur le terrain, fondée sur des interviews approfondies
avec des Marocains qui vivent dans les trois régions autonomes qui regroupent
le plus d'immigrés : la Catalogne, Madrid et l'Andalousie. L'objectif
de cette étude visait à réunir des informations, de la
bouche même des immigrés, sur leur expérience migratoire,
leur attitude vis-à-vis de la religion, la culture, l'identité,
leur expérience par rapport à la société espagnole.
C’est-à-dire que nous voulions savoir qui ils sont, comment ils
vivent, et comment ils perçoivent leur interaction avec la société espagnole.
Nous allons maintenant passer aux résultats les plus marquants
de cette étude,
qui nous donne des indications sur ce que vivent les Marocains installés
aujourd'hui en Espagne. Cela dit, il ne faut pas oublier que ce phénomène
est très récent, vu qu'il n'a commencé en Espagne
que vers le milieu ces années 80. Le processus est donc encore
en cours, et il faudra qu'il se consolide. Ce que nous avons pu observer
ne sont que
les premiers signes de tendances émergentes(13).
Le premier facteur qu'il faut souligner, c'est la diversité de plus
en plus grande des immigrés marocains. La couverture accordée
par les media au phénomène des "pateras" (ces petites
barques qui tentent la traversée du détroit de Gibraltar), et
sur les situations sociales les plus conflictuelles, donne l'impression d'un
profil très homogène des immigrés marocains : très
pauvres, analphabètes et vivant dans une extrême précarité.
Alors qu'en fait notre étude montre qu'il existe une grande variété de
types sociaux, et que cette tendance se renforce.
On a pu observer à partir des années 90 deux facteurs caractéristiques
de la communauté marocaine : elle comprend de plus en plus de femmes
et de plus en plus de jeunes. En Espagne, 32% des Marocains sont des femmes
qui émigrent seules (c’est-à-dire qu'elles ne le font pas
dans le cadre du regroupement familial). Elles arrivent toutes seules, comme
les hommes et se mettent à chercher du travail. Elles jouent donc, par
conséquent, un rôle de plus en plus important en tant qu'agent
de développement et d'intégration culturelle. De fait, nous sommes
en mesure de dire, d'après les interviews que nous avons réalisées,
que leur "efficacité interculturelle" (c’est-à-dire
la mise au point de stratégies d'adaptation capables d'intégrer
ce qui est nouveau sans rompre pour autant avec ce qui leur appartient
en propre) et leur insertion dans le pays d'accueil sont beaucoup plus
grandes que celles
des hommes.
On assiste également par ailleurs à l'arrivée
de plus en plus fréquente de jeunes Marocains. Le désir
d'émigrer
n'affecte donc plus uniquement les milieux les plus démunis,
mais touche entre temps les élèves et les étudiants.
Il ne faut pas oublier que le taux de chômage des jeunes au Maroc
est deux fois élevé que
pour l'ensemble de la population active. 33 % de ces jeunes chômeurs
sont diplômés. Il n'est donc pas surprenant de lire dans
une étude
faite en 1995 à l'Université Mohammed V de Rabat, que
60 % des étudiants
souhaitaient émigrer, s'ils en avaient la possibilité(14).
De ce fait, un nombre relativement grand de travailleurs immigrés marocains
ont fait des études et ont un projet professionnel. Les deux raisons
principales de leur départ sont l'absence totale de perspective d'avenir
sur le plan personnel, et la quasi impossibilité d'envisager une amélioration
de la situation du pays lui-même. Certaines familles marocaines vont
même aujourd'hui jusqu'à investir dans l'éducation d'un
de leurs fils dans le but d'avoir recours à l'émigration comme
solution à leurs difficultés économiques, actuelles ou à venir, étant
donné qu'ils ne croient guère à une possibilité de
sortir de la crise économique du pays.
Ils savent bien entendu parfaitement quel est le type d'emplois
mal payés
auxquels ils auront probablement accès en Espagne, mais il leur semble
plus probable d'accéder, à terme, à un certain niveau
de prospérité ici que là-bas. Ceci est encore plus vrai
pour les femmes qui ont fait des études, dans la mesure où leur
formation représente un accès à une plus grande autonomie
sociale et familiale, à une émancipation. Leurs attentes
sont donc encore plus grandes que celles des hommes, parce que l'enjeu
est plus
grand.
Face à une telle diversité parmi les immigrés marocains
(sexe, âge, niveau culturel et projets), la société espagnole
réagit de façon plutôt monolithique, en les confinant toujours
aux mêmes emplois ingrats. D'après l'expérience faite par
les immigrés que nous avons interviewés, il n'existe pratiquement
pas de possibilité de promotion sociale ou professionnelle (ce qui conduit
un certain nombre d'entre eux à s'installer en indépendant, en
ouvrant un commerce par exemple). Cette situation crée un sentiment
de frustration chez ceux qui sont ici depuis un certain temps et qui voient
qu'"on ne leur ouvre toujours pas la porte". De plus, ce qui est
réellement frappant c'est de voir que, s'ils éprouvent ce sentiment
de frustration, ce n'est pas uniquement parce qu'ils doivent prendre les emplois
que les Espagnols eux-mêmes de veulent plus faire (ce qui est inévitable
dans toute situation migratoire), mais parce qu'ils ont l'impression que les
Espagnols refusent d'envisager qu'eux, les Marocains, puissent améliorer
leur situation ou leur niveau de vie, même lorsque les circonstances
le leur permettraient. Les Espagnols veulent garder leur "supériorité" dans
ce domaine, comme un a priori auquel on ne touche pas. Mises à part
quelques exceptions, les immigrés interviewés expliquent que
lorsqu'ils ont la possibilité d'améliorer leurs conditions de
travail, leurs collègues espagnols réagissent par la négative
et que les tensions sur le lieu de travail augmentent. Ils disent que les travailleurs
espagnols n'acceptent pas ou sont très réticents à être
vus sur un pied d'égalité avec des Marocains.
Il est significatif que toutes les personnes interviewées déclarent
qu'elles se sentent rejetées par la société espagnole,
en tant que Marocains et en tant que Musulmans. Leur visibilité en tant
que Marocains génère des réactions négatives chez
les Espagnols. C'est ce que disent les femmes, surtout si elles portent le "hijab".
Elles sont souvent obligées de l'enlever à la demande de leur
employeur, ou par tactique, pour trouver du travail. Leur identité en
tant que Musulman est perçue, a priori, de façon négative,
par les Espagnols, qui d'autre part savent très peu de choses sur la
réalité de l'Islam et la façon dont il est vécu.
Dans la mesure où ils se sentent tellement rejetés, ils ont d'autant
plus tendance à se replier sur leur identité musulmane et à s'éloigner
davantage de la société espagnole. C'est principalement pour
cette raison que leur relation avec les Espagnols n'évolue pas, et qu'ils
ont avant tout des liens avec leur propre communauté, la mosquée étant
un élément fondamental de leur environnement social. À cet égard,
la mosquée n'est pas seulement le lieu où l'on remplit ses obligations
religieuses, mais surtout l'espace qui rend la socialisation possible, ce qui
est précisément ce qui leur manque dans l'espace public
espagnol.
Nous constatons facilement que les Marocains qui vivent en
Espagne
ne passent pas par un processus de perte de leur identité culturelle et religieuse,
du fait de leur installation dans un pays qui n'a pas les mêmes références
culturelles et religieuses. On assiste plutôt à un processus évolutif
de reconstruction autour de leur identité musulmane, en combinant à la
fois des éléments de leur société d'origine et
de celle du pays d'accueil. Il en ressort un concept dynamique de l'identité qui
ne signifie pas perte de l'identité. Il est par exemple très
important de comprendre que les femmes n'abandonnent pas automatiquement leur
pratique religieuse ou leur identité culturelle en tant que Musulmane
(ce qui explique pourquoi un grand nombre de femmes revendiquent leur droit
de porter le hijab, comme un signe d'identité) tout en faisant le choix
de davantage d'autonomie et d'émancipation. De nombreuses femmes, surtout
les jeunes qui ont reçu une éducation, établissent une
différence entre les traditions patriarcales qu'elles rejettent et leur
appartenance à l'Islam. En d'autres termes, elles ne se détournent
donc pas nécessairement de leur identité musulmane, ni dans un
grand nombre de cas, de leur pratique religieuse, simplement parce qu'elles
refusent les traditions qui les soumettent à des codes de conduite
sociaux discriminatoires.
Il est clair que l'identité n'est pas diluée, mais transformée
de telle manière qu'elles ne se sentent pas paralysées lorsqu'il
s'agit de défendre leur autonomie et leur émancipation. Et, ce
qui est encore plus intéressant, certains hommes défendent le
même point de vue. Ils pensent que ce qui est essentiel, c'est de conserver
certains signes de leur identité qu'ils pourront transmettre à leurs
enfants, et que pour ce faire, ils devront accepter un certain nombre de changements
sociaux inévitables dans leur nouveau contexte migratoire.
Dans la mesure où ils constituent une minorité en tant que Musulmans,
ils doivent réfléchir à ce qu'ils sont, et à comment
ils peuvent s'adapter à cette situation nouvelle pour eux, alors que,
dans leurs pays d'origine, cela fait simplement partie de leur patrimoine culturel.
Cette nouvelle situation favorise le développement d'un processus d’interprétation
et de transformation de la pensée, lié au nouvel environnement
socioculturel, qui est non seulement différent, mais de plus
majoritaire.
Notre recherche a également montré, dans cette perspective, la
constitution d'un nouveau leadership "décentralisé" et
autonome, dans les différentes villes où vivent le plus d'immigrés
marocains. Il s'agit d'immigrés qui vivent déjà depuis
un certain temps en Espagne, qui connaissent bien le contexte social, tant
du côté espagnol, comme de celui de leur communauté, et
dont la manière de percevoir ce que signifie être un Musulman
en Espagne aujourd’hui, a mûri. Ils sont davantage conscients de
ce qu'ils ne veulent pas abandonner et des transformations qu'ils sont prêts à accepter.
C'est pourquoi nous pensons qu'ils auront un rôle clé à jouer
dans le processus d'adaptation et d'intégration de la population marocaine
en Espagne, et qu'ils doivent par conséquent être pris en compte
par les hommes politiques responsables de la conception et de la mise en œuvre
des politiques d'intégration.
Ceci et d'autant plus important que l'intégration pacifique
de l'islam dans notre société implique, du côté des
immigrés
une direction (un leadership) capable de produire une contre information à même
de contrebalancer le point de vue essentialiste, dominant et négatif,
et de devenir des interlocuteurs crédibles, de manière à ce
que les immigrés ne soient plus perçus comme des étrangers
hostiles, mais au contraire comme partie intégrante d'une réalité locale.
Il
va falloir tenir compte de deux aspects fondamentaux pour atteindre
un tel objectif. D'une part, l'intégration doit être acceptée
en tant que telle, sans crainte ni hésitation, puisque l'islam
fait partie du nouveau paysage de la société espagnole,
et que c'est une réalité (minoritaire, mais bien réelle)
qui ne va pas se dissoudre avec le temps.
D'autre part, il est nécessaire de détecter et de faire participer
les acteurs qui seront les plus bénéfiques pour le processus
d'adaptation des deux parties en présence. C'et à dire, les acteurs
qui sont les plus autonomes, indépendants vis-à-vis des interprétations
traditionalistes et rigides de l'islam, émanant de régimes arabes
intolérants, qui essaient de contrôler les lieux de culte de l'islam
en Europe.
À
chaque fois que les autorités locales seront réticentes à construire
une mosquée, un lieu de prière ou un centre culturel, il est
probable que ce soit justement ces milieux conservateurs qui financeront le
projet, de manière à étendre leur influence, grâce
au contrôle de ces infrastructures.
Ces nouveaux cadres de la communauté marocaine en Espagne ont les caractéristiques
suivantes : ils sont présents au niveau local et actifs surtout auprès
des immigrés qui sont en Espagne depuis longtemps. Ils jouent leur rôle
d'encadrement par la mobilisation informelle de leur communauté (très
souvent par le biais d'associations culturelles ou de la mosquée, quelquefois
dans des lieux de rencontre informels, tels que des magasins, des marchés
ou des lieux de loisirs), ainsi que par l'aide qu'ils apportent, notamment
pour les procédures de regroupement familial. Leur situation économique
est relativement bonne, en tout cas par rapport au reste de la communauté,
ils ont des contacts avec des Espagnols sur leur lieu de travail, et ils se
considèrent comme des Musulmans pratiquants (l'une de leur préoccupation
principale demeure la transmission des valeurs de l'islam à la prochaine
génération). Ils vivent avec leur famille, et leurs enfants sont
scolarisés en Espagne, et en général, ils ne s'habillent
d'une manière différente de la population espagnole. Ils ne portent
pas de vêtements qui les singularisent en tant que Marocains ou Musulmans
qu'à certaines occasions (généralement, le vendredi) et
pour des manifestations, religieuses ou autres, de la communauté. Ils
ont l'habitude de s'adresser aux institutions publiques (parce que c'est nécessaire
dans leur vie quotidienne, et à cause de leurs activités, s'ils
sont responsables d'une association). Ils sont tous plutôt pessimistes
quant à l'évolution de la situation et aux réactions de
l'opinion publique en Espagne, mais ils restent néanmoins convaincus
qu'il ne doit pas être incompatible de vivre en Espagne et de pratiquer
l'islam. De plus, ils pensent qu'avec l'accroissement de la communauté,
la société espagnole et les hommes politiques seront amenés à prendre
des mesures plus réalistes pour répondre aux besoins qui sont
les leurs. Dans certains cas, il s'est agi, dans un premier temps, d'un leadership
informel, qui a été ensuite institutionnalisé par le biais
d'une association, ou d'une organisation quelle qu'elle soit. En fait, ils
doivent souvent être encouragés et convaincus par des amis, des
parents ou des collègues d'occuper la place qui est la leur, et jouissent
donc d'une réelle légitimité auprès de leur communauté,
qui n'est guère encline à laisser les plus jeunes remplir ce
genre de fonction. En règle générale, ils ne font pas
confiance aux institutions espagnoles, ni même à certaines organisations
de la société civile ("ils sont pleins de bonne volonté,
mais ils ne savent pas qui nous sommes et quels sont nos besoins").
Il est intéressant de voir qu'ils ne font pas non plus confiance aux
représentants officiels de l'Islam en Espagne qui composent la Commission
Islamique d'Espagne. Ceux-ci sont les interlocuteurs de l'administration, alors
qu'aucun de ces nouveaux leaders issus de la communauté n'en fait partie,
malgré leur légitimité, et dans certains cas, leur potentiel
de mobilisation, même si, jusqu'ici, ils en usent de façon plutôt
discrète.
Ils expliquent qu'il leur a fallu trouver de nouvelles formes d'organisation,
dans la mesure où les grandes mosquées, les institutions de la
société civile et les institutions du pays d'accueil ne leur
avaient été d'aucune utilité. Leurs critiques portent
sur la réticence de l'administration à leur accorder des subventions,
(alors que d'autres associations en obtiennent) ou à les reconnaître
en tant qu'interlocuteurs. Il est donc sans doute possible de dire qu'il existe
d'ores et déjà, un fossé entre les représentants
reconnus comme tels par les institutions espagnoles et ceux issus de la base.
De toute évidence, il n'y a guère de contacts, pour l'instant,
entre ces nouveaux leaders locaux, de telle sorte qu'on ne peut parler de réseau
organisé autour d'une nouvelle direction.
Il faut également mentionner un autre facteur clé à l'origine
de l'émergence de ces nouveaux groupements et/ou associations. Il s'agit
de la présence sur place de nouvelles générations, et
surtout du pessimisme régnant quant à leur avenir. Lorsqu'ils
parlent des jeunes, les "anciens" réprouvent certaines de
leurs attitudes, d'une part, et de l'autre, expriment leurs préoccupations.
Ils ont tendance à penser que les jeunes s'écartent du "droit
chemin" (c’est-à-dire de la bonne conduite requise de tout
croyant). D'après eux, cela n'est pas tant dû à l'influence
de la société espagnole (du moins ne le disent-ils pas explicitement),
mais plutôt au manque d'attention consacrée aux enfants par leurs
parents, épuisés par leur journée de travail et par les
tracasseries administratives. Ils indiquent également l'absence d'instances
religieuses ou de reconnaissance officielle de l'Islam (sur un pied d'égalité)
de la part de l'Espagne.
De fait, l'une des revendications les plus fréquentes porte sur l'égalité des
chances (dans tous les domaines, y compris la religion) dans le cadre d'un état
non confessionnel. Ils déclarent que la dimension religieuse est occultée,
voire même exclue du modèle d'intégration qui leur est
proposé par l'administration espagnole. ("l'Islam est considéré comme
un obstacle à l'intégration", on nous demande d'abandonner
notre héritage religieux"), ce qui leur semble injuste et discriminatoire,
par rapport à la façon dont sont traitées d'autres
religions en Espagne.
Lorsqu'on demande à ces nouveaux leaders dans quelle mesure
leur pratique religieuse a changé, du fait de l'émigration,
la réponse
est toujours la même. L'expérience de l'émigration
n'a changé ni leurs convictions, ni leurs pratiques religieuses.
La foi reste la même, la pratique est la seule chose qu'il faut
adapter à ces
circonstances nouvelles, et il suffit d'une courte période de
transition pour s'habituer à un nouveau rythme. Il est possible
d'avoir une vie normale, et d'être respecté en Espagne,
tout étant Musulman
et praticant. Ils ont néanmoins l'impression que le modèle
d'intégration
défendu par l'administration espagnole envisage la diversité dans
sa dimension ethnique, mais pas sur le plan religieux ni culturel.
Et en effet, les responsables espagnols de l'immigration considèrent,
en général,
que "nous pouvons accepter une société multiethnique
ou multiraciale, mais pas multiculturelle(15).
La majorité des personnes interviewées sont opposées à l'idée
d'assimilation ("la façon dont les Espagnols conçoivent
l'intégration signifie que nous devons abandonner notre culture et notre
religion"), Cela dit, certains d'entre eux optent pour une stratégie "profil
bas", c’est-à-dire passer le plus inaperçu possible,
ne pas se faire remarquer par des vêtements ou un accent arabe, de manière à être
mieux acceptés par la société espagnole.
Du fait de leur nouvelle situation, et d'autant plus puisqu'ils
se sentent rejetés dans leur vie quotidienne, les immigrés renforcent les
liens avec leurs parents et amis installés en Espagne et avec les membres
de la communauté marocaine. À tel point que certains avouent,
y compris des femmes, qu'ils vont plus souvent à la mosquée depuis
qu'ils sont ici, car c'est leur lieu principal de socialisation. En réalité,
pour un grand nombre d'entre eux, la mosquée est moins l'endroit où ils
se rendent pour prier qu'un centre social, où ils peuvent obtenir des
informations, et rencontrer des gens qui peuvent les aider à mener une
vie normale en Espagne. Ce mouvement de retour à la communauté est
relativement fréquent, quelles que soient les caractéristiques
socio-démographiques. Et de nombreux immigrés déclarent
que cela n'aurait pas été nécessairement le cas si la
société espagnole s'était montrée plus ouverte
vis-à-vis de la présence de personnes d'une autre culture.
Ce sentiment de rejet entraîne de nombreuses conséquences.
La première d'entre elles étant que la plupart des immigrés
s'intéressent à peine à ce qui se passe en Espagne,
et qu'ils ne participent pas aux institutions du pays d'accueil. Ils
pensent que
la société espagnole exige de leur part des efforts qui
sont toujours à sens unique ("c'est nous qui devons faire
tout le travail").
La vie est tellement dure dans un environnement aussi hostile qu'ils
finissent par mener une vie centrée autour de la famille et
du travail.
Il faut dire à ce propos que le culte musulman a
lieu dans un cadre précaire en Espagne, puisque la société espagnole
réagit
de façon négative aux diverses initiatives en ce domaine.
La mosquée ou le lieu de prière étant l'un des
aspects de la visibilité des Musulmans qui provoque des réactions
exacerbées
(à quelques exceptions près). Les Espagnols ne comprennent
toujours pas que les mosquées ne sont qu'un des signes de l'adaptation
et l'enracinement de la population musulmane dans notre pays, ce qui
implique une certaine visibilité,
et la reconnaissance sociale de leur présence, en plus de la
reconnaissance juridique et institutionnelle. En réalité,
la situation dépend
avant tout des pouvoirs locaux, qui fonctionnent au cas par cas. Toutes
les communes ne réagissent pas de la même façon,
alors que de leur attitude est décisive quant à l'acceptation
ou non d'une mosquée sur leur territoire.
Dans certaines communes, comme à Llagostera (province de Gérone),
la salle de prière se trouve dans un centre civique et social de la
municipalité. À Rosas (Gérone), les mesures prises par
les autorités leur ont permis d'endiguer les premiers signes de protestation
des habitants du quartier. À Madrid, l'expérience de Getafe est
très positive, alors qu'à Majadahonda, la construction de la
mosquée a déclenché un énorme conflit social. Voici
comment les choses se sont passées à Majadahonda. Au départ,
un "centre culturel" avait été créé au
début des années 90,( en réalité, une mosquée),
il a été fermé à de nombreuses reprises par manque
de fonds. À un moment donné, la mairie avait accordé une
subvention, mais le centre fut définitivement fermé en 1998.
Un nouveau centre fut ouvert, ailleurs en ville en l'an 2000, mais aucune autre
subvention n'a été accordée. Les responsables du centre
pensent que c'est à cause des manifestations organisées par une
bonne partie des habitants du quartier, qui ont mobilisé la population
locale, et influencé ainsi les pouvoirs publics. De fait, l'ouverture
a eu lieu en pleine vague de protestation, et les activités de la communauté musulmane
ont lieu, de ce fait, dans le plus grand isolement. L'expérience de
Getafe est totalement différente. Nous avons ici une association culturelle
qui reçoit des fonds de la municipalité et qui participe à la "table
ronde sur l'intégration et les minorités ethniques", mise
en place par la commune. Cela signifie que non seulement ils participent à un
grand nombre d'activités financées et organisées par les
pouvoirs locaux, mais qu'ils reçoivent également des fonds pour
organiser des activités où participent aussi la population espagnole
locale. Les membres de l'association ont été intégrés
comme un secteur, parmi d'autres, au tissu social, et ils sont membres de l'organe
consultatif créé par le Conseil Municipal auprès du Conseiller
responsable de la coopération et des minorités ethniques. Jusqu'ici,
les relations avec l'administration ont été bonnes, et il n'y
a pas eu de réactions négatives de la population par rapport
aux activités de l'association.
On peut dire, par conséquent, que les conflits se produisent
souvent lorsque les pouvoirs locaux n'ont ni vision globale, ni stratégie
en la matière, alors que le processus migratoire arrive à un
stade de consolidation de l'identité musulmane en Espagne. Comme
nous avons pu le voir dans notre enquête, les revendications
culturelles et religieuses n'en sont qu'à leur début,
la situation socio-économique étant
encore au centre des préoccupations. Dans de telles circonstances,
il est d'autant plus préoccupant de constater que, même
si le processus de visibilité, d'organisation et d'enracinement
des Musulmans dans la vie sociale et politique du pays n'en est encore
qu'à ses balbutiements,
le "facteur musulman" a été clairement "gonflé" à outrance.
La tendance étant à rechercher à la loupe des
défauts
chez tous les immigrés musulmans et à alimenter ainsi
la presse à scandale.
Les articles portent souvent sur des situations patriarcales qui sont
montées
en épingle, mais qui existent effectivement. Nous avons rencontré dans
nos interviews des exemples de pères ou de jeunes hommes récemment
installés en Espagne qui ont une conception patriarcale de leur
autorité sur
leur femme et leurs filles, ou qui sont réticents pour participer à des
réunions de parents d'élèves. Ces cas existent.
Mais ce type de comportement est interprété comme si
ces immigrés
n'avaient pas eu une vie avant d'arriver en Espagne. On exige de leur
part qu'ils se comportent comme de parfaits citoyens, sans tenir compte
de la réalité sociale
dont ils proviennent, et qui, jusqu'ici, constituait leur unique expérience
et leur seul univers mental. L'école au Maroc ne fonctionne
pas comme en Espagne, les mécanismes de participation ne sont
pas aussi enracinés,
la structure sociale dominante est patriarcale, et elle est transmise
par la famille, l'éducation et les institutions. Le processus
d'adaptation à d'autres
façons de vivre, plus modernes, demande du temps, et il est
nécessaire
que les responsables politiques de l'immigration en aient conscience.
Cela dit, cette transformation sociale progressive ne signifie pas
pour autant que
ces personnes vont cesser d'être des Musulmans, mais qu'ils vont
adapter l'Islam à leur nouvelle situation. C'est la difficulté à accepter
une telle réalité qui constitue aujourd'hui l'obstacle
principal à l'intégration
en Espagne.
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