M'hamed Wahbi
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L’aspect migratoire dans la littérature maghrébine.
Nous
convenons dès avant que si l’objet de notre communication
peut sembler dans un premier temps quelque peu à la périphérie
de la question centrale de ces journées, nous verrons progressivement
qu’en fait il n’en est rien.
Que bien au contraire, il existe un certain nombre de liens récurrents
entre le traitement littéraire du fait migratoire et cette problématique
socio-économique, vue sous un aspect dynamique, mondialisant. "Immigration" le
terme même amenant à aborder l’ensemble des référents
habituels auxquels il est renvoyé sur le plan économique,
statistique; avec de plus la lourdeur des chiffres, la sécheresse
des statistiques et l’opacité des théories. Or
cette immigration n’est pas une simple translation spatiale,
substitution géographique de lieux. Elle est aussi et surtout
une aventure humaine, expérience spirituelle par laquelle le
migrant traverse et se trouve traversée par des lieux, y imprimant
une marque aussi minime ou négative soit-elle. Il transite certes
d’abord avec son corps mais aussi son cœur et son âme.
La littérature en tant que production socioculturelle ne
pouvait manquer d’aborder ce thème. On trouvera des auteurs
français
(comme M. Tournier ou E. Ajar) des écrits par procuration sous
forme de récits de vie (M.Catani) et les récits de la "seconde
génération" œuvres que nous ne développerons
pas ici.
Ainsi, un survol quand bien même généralisant de
la production des écrivains maghrébins d’expression
française, suffit à montrer qu’une relative prise
de conscience est apparue dès le tournant historique des indépendances
maghrébines (avec néanmoins l’existence de précurseurs
littéraires majeurs et ce, en pleine colonisation).
Dans leur ensemble les écrivains ont exprimé leur point
de vue sur la question en matière d’immigration. Emettant
leur opinion sur le sujet, il semble qu’ils aient implicitement
invité à réfléchir sur la place qu’occupe
cette dernière dans les relations franco-maghrébines.
La plupart d’entre eux ayant consacré au moins un ouvrage
au thème de l’exil migratoire vers la métropole
française.
Bien que le rapport entretenu avec ce thème reste quelque peu
spécifique, selon que l’on ait affaire à des auteurs
directement concernés par la problématique ou se sentant
globalement interpellés par le sujet.
Il n’en est pas moins vrai, que la lecture de toutes les œuvres
produites sur le sujet laisse transparaître un malaise certain.
Car il aurait été difficile en outre pour les romanciers
d’éluder une réalité qui touche d’aussi
près et aussi profondément la communauté. Et c’est
la raison pour laquelle de nombreux auteurs ont développé par
contrecoup des thèmes mettant en avant leurs préoccupations
principales sur la question.
Dans un premier temps, les romans ont servi à montrer sous un
angle généralement identique le pays d’origine.
Le regard y est de plus teinté d’une certaine lecture
ethnographique de la société maghrébine. Il s’agit
pour les auteurs de témoigner en faveur d’un passé désormais
révolu, époque toujours empreinte d’ordre et de
certitudes (ce qu’ont fait par exemple les écrits de M.
Feraoun).
Progressivement une description romanesque tendra à porter sur
le Maghreb contemporain d’alors et ce, en servant d’illustration à une
position contestatrice se voulant être d’abord une remise
en cause. Ainsi l’écrivain devenu par force anti-conformiste,
si ce n’est provocateur, peut-il finalement aborder la question
d’un exil aliénant et du traumatisme occasionné chez
le sujet. Une thématique générale finit par s’inscrire
dans l’ensemble des productions littéraires, évoquant à tous
coups la nostalgie du départ ; de même que la déception à l’arrivée
sur le sol de la France. Chaque auteur traitant néanmoins la
question selon un style propre. On passe alors au fil des textes, du
récit autobiographiques à une écriture hyper-réaliste.
A se pencher sur la biographie des principaux auteurs maghrébins
concernés, le lecteur finit par prendre connaissance de l’importance
qu’a occupé l’exil dans leur vie personnelle. Il
devient alors évident, que cette expérience de la rupture
avec le sol natal puisse sensibiliser l’écrivain et nourrir
son œuvre de ce thème majeur. Seulement, quand bien même
le déracinement affinerait le regard porté sur la société d’appartenance,
il n’en demeure pas moins que le romancier s’est trouvé matériellement
coupé de ses compatriotes et du mouvement socioculturel évolutif
régissant la société de départ dans son
ensemble. Celui-ci se voit donc le plus souvent condamné à se
référer au rêve et souvenirs d’antan selon
une vision focale quelque peu idéalisante. Ce qui nous montre
le parcours de leur vie.
Avec Driss Chraïbi installé en France depuis les années
soixante mais et a publié un roman intitulé "Les
boucs" le sarcasme émerge chez cet éternel déçu à la
fois du Maghreb puis de l’occident. On peut dire globalement
que, à travers ce récit l’auteur choisit de décrire
les conditions extrêmes de vie d’un groupe de nord africains.
Néanmoins, si le roman dépeint dans son ensemble un univers
proche de celui que connaissaient certains migrants, il n’en
reste pas moins que l’ouvrage relève d’un parti
pris affiché à la fois sur les plans esthétique
et thématique. C’est en réalité sous la
forme d’un exercice personnel critique, que l’auteur crie
sa totale désillusion vis-à-vis de valeurs hexagonales
autrefois encensées.
Le tableau socio-économique ainsi brossé au fil des
chapitres reste foncièrement pessimiste, car l’auteur
s’attache
le plus souvent à décrire les êtres et les lieux
sans entrer dans une quelconque analyse de rapports humains les régissant
théoriquement.
Cette approche de surface va pourtant en s’approfondissant
en ce qui concerne par exemple leurs aspirations intimes ou bien les
raisons
objectives leur permettant de ne pas désespérer malgré tout.
Conçu semble-t-il comme une sorte de " escente aux enfers" ou
de reportage réaliste, le récit parvient à appréhender
le personnage sous l’unique dimension du social. Pourtant le
travail de fiction produit décrit bien cette première "mort" de
l’immigré comme constat de déception face au regard
négateur et annihilant de l’autre.
De plus, l’auteur marocain y retrace un cheminement spécifique, à savoir
le trajet migratoire spécifique emprunté par les exilés
de la première heure ceux qui se sont trouvés humiliés
alors qu’à peine débarqués du fait des "événements" d’Algérie
principalement. La question n’étant pas encore celle d’un
retour mythique au pays d’origine mais bien de l’arrivée
matérielle dans le pays d’accueil.
Le lecteur ne peut en
définitive qu’être saisi,
en parcourant ce roman, par le nihilisme de fait des personnages dont
l’activité sociale semble orientée vers la destruction
(comportement reproché aussi de nos jours aux adolescents maghrébins
de France). Il semble qu’il n’y ait pas de rédemption
possible pour ces lascars, aussi usent-ils de la mythomanie, de la
violence et d’autres expédients tout aussi répréhensibles.
En contrepoint on voit se dresser la figure du héros appelé "yalan
waldik" à la fois proche et pourtant distant des boucs
comme peut l’être le romancier. Le récit de vie
affleure avec ce style propre à Driss Chraïbi dont l’écriture
est concise au point d’en être hallucinante, mais les complications,
surcharge, maniérisme sont d’autant plus gênants
que le sujet, le témoignage sur la vie des nord-africains en
France offrait à lui seul matière assez riche.
Le romancier algérien Rachid Boudjedra aborde lui, plus directement,
la question de l’immigration en évoquant dans son roman
intitulé "Topographie idéale pour une agression
caractérisée" l’histoire tragique d’un
immigré maghrébin perdu (à la fois spatialement
et identitairement) dans le métro parisien. Ainsi par un traitement
littéraire particulier, le personnage nous est rétrospectivement
dépeint au cours d’une enquête criminelle le concernant.
Ainsi durant la succession des différents chapitres, "le
héros" parcourt le dédale des couloirs souterrains
tel un Thésée moderne. Marchant inexorablement au devant
de sa destinée cette dernière prendra les traits d’un
personnage au racisme exacerbé. On remarque que sur le plan
narratif, tout est fait pour tenter de traduire le désarroi
dans lequel se trouve placé l’immigré et ceci jusqu’à son
inaptitude à saisir le sens des messages verbaux et publicitaires
("Gaulois réveillez vos instincts"). Par ailleurs
avec l’articulation du thème du labyrinthe, le mythique
et le sociologique finissent par s’enchevêtrer, faisant
du personnage un "Ulysse contemporain" fatalement séduit
par une société de consommation dont il se voit pourtant
dès le départ exclu.
En définitive ce roman novateur par bien des aspects permet à l’écrivain
d’effectuer une remise en cause de présupposés
socio-politiques liés à l’émigration. Chez
ce romancier, la narration commence et finit au même point. Elle
fait des évènements rapportés un cycle de haines
et de malheurs. Le lecteur est ainsi amené à comprendre
et admettre que l’émigration est un fléau à enrayer.
Avec "L’homme qui enjamba la mer" roman écrit
conjointement par deux auteurs (Ramdane et Mengouchi) nous nous trouvons,
pour une fois placés, d’emblée au sein de l’immigration.
Un cliché évocateur des conditions de vie matérielles
des travailleurs maghrébins nous est proposé. Avec de
plus le recours à une technique narrative faite de tableaux
dépeints de manière successive.
A cet effet, les immigrés, personnages centraux, se trouvent
placés dans des situations caractéristiques, celles du
travail, de l’habitat ou du repos. Bien qu’elle ne soit
pas véritablement manifeste, une certaine forme de contestation
parvient cependant à transparaître à la lecture
de l’œuvre. L’essentiel de l’histoire se déroulant
au sein du microcosme aliénant que constitue le foyer pour travailleurs
immigrés.
On remarque que le cadre physique dépeint, tente de traduire
la part relative de sordide présente dans l’existence
quotidienne des ouvriers nord-africains. Le rêve servant cependant
d’exutoire aux personnages, leur permettant ainsi de vivre au
sein d’une marge fantasmatique à la fois aliénante
et protectrice.
En un curieux travail d’association, le narrateur lie l’activité professionnelle
des immigrés aux "strates, couches et sédiments" matérialisant
la mémoire individuelle des sujets expatriés. D’où une
proximité symbolique existant entre la terre du chantier et
les déracinés maghrébins, restés toujours
nostalgiques de leur sol natal.
Il n’en demeure pas moins que le lecteur éprouve parfois
quelques difficultés à saisir la trame de ce livre qualifié par
sa maison d’édition de "politique-fiction" et
dont il peut à la limite, garder le souvenir d’une description
sociologique relativement poétisante.
Faisant suite à des travaux théoriques et pratiques en
psychologie, Tahar Ben Jelloun a publié divers écrits
orientés vers une thématique répétée.
Principalement celle de l’exil et plus particulièrement,
celui rencontré par ses compatriotes maghrébins, dans
leurs tentatives d’adaptation à la transplantation. Soulignant
de plus, les incidences psychopathologiques dues à cet effort
douloureux d’assimilation d’un modèle de vie nouveau.
Une fiction éditée en 1976 intitulée "La
réclusion solitaire" reprendra pour l’essentiel
les thèmes développés dans une de ses recherches
antérieures intitulée "La plus haute des solitudes".
Dans ce roman, l’auteur brosse le portrait d’un personnage
quelque peu névrotique qui, après avoir été rejeté par "la
société" finit par s’éprendre d’une
affiche publicitaire représentant une femme (en une forme de
transfert fétichiste extrême).
De plus, la malle tenant lieu métaphoriquement d’habitation
au personnage, symbolise les conditions de vie de ses congénères.
L’objet devenant par extension, le motif signifiant d’un
certain enfermement social et psychologique, à même de
souligner les tendances schizophréniques du sujet.
La part de romanesque que l’on peut néanmoins concéder
au texte, découle d’une évocation tour à tour
réaliste, puis fantasmatique.
Elle semble en mesure de figurer l’état psychologique
plus ou moins instable du personnage. A cet égard, on remarquera
que le travail descriptif effectué porte essentiellement sur
le problème d’une solitude imposée, qui serait
capable d’infliger à l’individu migrant, une seconde
mort. L’unique issue étant le repli forcé sur une
activité phantasmatique substitutive, si ce n’est délirante.
Incidemment le thème permet au narrateur d’évoquer
les conditions socio-historiques qui ont contribué à la
migration. Celles qui ont fait de la mémoire, le lieu privilégié de
la catharsis ; ainsi qu’une certaine forme de contestation psychosomatique.
Nous comprenons qu’en fin de compte, le sujet est condamné à projeter
indéfiniment son moi sur un objet de désir devenu utopique
parce matériellement inaccessible pour lui. Et que d’autre
part un échec patent généralisé est le
seul résultat possible de son émigration. C’est
pourquoi le personnage prendra la décision de sortir de son
isolement physique et psychique en acceptant de faire face à la
dure réalité du monde extérieur.
Le roman se clôt finalement sur une totale ambiguïté,
volontairement entretenue puisqu’on ne sait ce qu’il adviendra
du personnage (ira-t-il rejoindre sa compagne palestinienne ou rentrera
t’il au pays ?). Cela permettra en tout cas au romancier de tenter
d’établir une conclusion sur les objectifs et les limites
de l’écriture dans le désir que celle-ci a, de
vouloir traduire la réalité.
On voit donc que globalement la thématique tourne autour:
- de l’arrivée en France (retraçant cette première
mort de l’émigré, produite par le choc ressenti.
- d’un quotidien fait de travail et de vie domestique d’où les
rapports socio-affectifs sont quasi absents.
- de l’imaginaire comme réponse et compensation face à un
vécu des plus négatifs, amenant l’individu à se
replier sur le passé, l’intimité perdue et l’idéalisation.
- de la politique, c’est-à-dire des raisons de la migration
et des revendications exprimées. Le personnage devenant un porte
parole idéologique des positions de l’auteur.
La situation
de l’exilé dans le roman :
En une sorte de traitement quasi-obligé,
la grande majorité des
romans font état d’un quotidien quelque peu révélateur
quant à l’existence menée par le travailleur immigré.
L’activité sociale du personnage n’étant
souvent décrite ou plutôt suggérée qu’à l’occasion
d’un dysfonctionnement relationnel (comme celui d’une inaptitude à aborder
l’univers féminin par exemple).
L’écrivain devient de cette façon, le médiateur
d’une réalité semblant impossible à formuler
par le personnage ; ainsi que le témoin d’une protestation
muette de ces individus, face à la situation qui est la leur.
Les conditions de vie et de travail (formulation quasi-tautologique
dans les cas en question), sont les premiers éléments
saillants d’une réalité foncièrement négative
souvent évoquée par les romanciers.
"Ici quand j’ai débarqué, j’avais
des problèmes
pour dormir et puis des crises, je ne travaillais pas bien et j’allais
de boulot en boulot… et toujours clandestin, sans papiers, sans rien.
Il a fallu attendre avant d’avoir une carte comme tout le monde, mais ça
va pas. Il me reste le désordre." T.B.J "La réclusion
solitaire"
De même le choc de la rencontre du migrant avec le monde froid et distant
de la société d’arrivée, se traduit par une forme
de désarroi psychique et l’individu resté seul depuis sa
décision initiale de migration plonge en fin de compte dans un univers
qui a pour effet principal de le réifier.
"Il ne comprend pas que c’est là que nous sommes
détenus
fous, vivant dans des mansardes pour éviter des hôtels non
moins sordides." Ibid
La désillusion extrême constitue donc la première expérience
de l’exilé, elle fait suite à son arrivée immédiate.
Le sujet ainsi placé dans la réalité amorce par conséquent
une tentative d’adaptation et voit s’opérer au sein de son
moi, un effondrement total. De fait, une réelle inadaptation socioculturelle
semble qualifier le migrant dès son arrivée en cela que des valeurs érigées
en dogme dans une société consumériste, viennent ébranler
les représentations qu’il se faisait du monde où :
"(Lui) perplexe et paniqué et ne comprenant rien à ce déluge
de mots, restant des signes plus cabalistiques, trompeurs et perfides mais dénués
de toute signification, déments dans leur gesticulation calligraphique…" R.B "Topographie
idéale…"
Ainsi devant les yeux du migrant la cité dévoile d’emblée
son caractère totalement factice, elle demeure pour lui l’espace
de l’altérité absolue (celle du dominant aujourd’hui
qui fut aussi colonisateur hier). En cela, la culture médiatique généralement
indique dès les premiers contacts, le profond fossé qui sépare
la culture de l’étranger d’avec les usages locaux.
Or, face à l’indifférence collective qui est en soi une forme
de rejet patent, ou suite à toute agression xénophobe, seule une
certitude intérieure ontologique peut permettre à l’individu
de dépasser la minéralité qui lui est prêtée
faisant dire à un personnage :
"Je marchais au milieu de la rue, je traversais et les passants
et les voitures, j’étais devenu une transparence, un mouchoir en papier
que le vent emportait." Dib "Habel"
L’autre (la femme
surtout) constituant pour le maghrébin exilé un obstacle insurmontable
où :
"Elles me renvoyaient l’une après l’autre mon sourire
dans un kleenex en boule mouillée. Je ramassais le refus et continuais
mon chemin." Ibid
Placé dans une solitude frustrante, l’étranger ainsi devenu
objet anonyme doit-il faire face à un amer constat d’échec.
Il arrive de plus que le sentiment d’aliénation soit au départ,
la dynamique d’une certaine prise de conscience chez le narrateur,
avouant :
"L’idée d’exister autrement me hantait." T.B.J
Et seul le transfert affectif projeté par le sujet, sur une femme devenue
enfin complice, pourra alors le libérer des affres de l’exil et
du sentiment objectif d’aliénation. La pulsion vers une mixité ethnique
marquera le désir d’entrer dans le monde de l’autre
:
"Dans une ville, une foule où il ne connaissait personne,
où il
n’était lui-même personne. Une fille qui se moquait
pas mal de tous ces regards pointés sur eux, qui continuait
d’aller à ses
côtés…" Dib
Lorsque toute tentative d’ouverture se trouve rejetée alors le sujet
finira par percevoir condition de façon désormais lucide s’interrogeant
en disant :
"Mais que faisons-nous dans ce territoire, un supermarché de
l’esclavage
et de l’indifférence?" Ibid
Parvenant ainsi au constat politique de sa situation et avouant finalement
:
"Je suis venu dans ton pays du cœur, expulsé du mien, un peu
volontairement beaucoup par besoin." TBJ
On l’aura saisi, l’intérêt de cette littérature
d’un point de vue critique (et en dehors du seul plaisir du texte au sens
ou le définissait R.Barthes) peut porter entre autres, sur le
domaine :
- de la sociocritique, à travers une lecture des interactions sociales
du migrant avec le milieu et ce, malgré le prisme difractant de la littérature.
- de la psychocritique, en une analyse de comportements récurrents (plus
ou moins déviants) à la fois individuels et/ou collectifs.
En conclusion, nous dirons que les principaux écrivains ayant fait de
la littérature maghrébine de langue française le moyen d’expression
privilégié de leurs options idéologiques ou affects et de
l’immigration de leur compatriote, un thème central ou accessoire
de leurs œuvres. Qu’ils auront su dessiner avec beaucoup de justesse
et de sensibilité (et parfois avec un excès compréhensible)
une situation socio-économique mais aussi, politique propre à ces
décennies.
Leur regard, emprunt pour beaucoup d’autobiographie, reste pour nous aujourd’hui
un témoignage historique des conditions de "servage" faites à toute
une génération d’hommes exilés, soumis aux lois du
grand capital. C’est aussi un cri et une dénonciation virulente
de l’atteinte aux droits élémentaires humains non plus seulement
socio-économiques mais aussi et surtout psycho-affectifs. S’attachant à décrire
une souffrance d’autant plus profonde que silencieuse et parfois plus ou
moins consciente. Il s’agit bien ici d’aliénation et de réification
que l’analyse socio-psychologique peut tenter de mettre en équation,
mais dont seul l’écrivain véritable, peut saisir dans les
zones d’ombre, expressions muettes, lignes mouvantes du dire humain la
portée profonde et signifiance véritable.
Face à la non-reconnaissance effective de toute une génération
et à cette perte d’identité dans la trajectoire migratoire,
il reste à ancrer des lieux de référence, un imaginaire
compensateur afin de réinvestir l’espace du symbolique désormais
perdu. C’est là, un devoir de mémoire que nous avons à leur égard.
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