Cette affiche de l'Association des Travailleurs du Kurdistan (KOMKAR) annonce la célébration du nouvel an kurde, Newroz (« jour nouveau »), le 3 avril 1994 à Nanterre. Coïncidant avec l'équinoxe de printemps, ce rassemblement donne lieu chaque année à des concerts, danses et repas.

KOMKAR est une fédération créée en 1979 à Francfort regroupant dans un réseau européen des associations kurdes. Ce réseau est proche du Parti socialiste du Kurdistan de Turquie (TKSP, favorable à une intégration dans une union fédérale turque). En France, KOMKAR était très actif dans la diffusion des journaux et dans l'organisation des campagnes en faveur des droits de l'homme au sein de la diaspora kurde.

Ainsi, en 1994, Newroz est annoncé en caractères jaunes au-dessus des noms d'artistes présents à la soirée et de celui du président de KOMKAR. Les couleurs utilisées pour l'affiche sont celles du drapeau du Kurdistan irakien, le plus connu grâce à la région autonome. Les 21 rayons désignant le nouvel an kurde sont absents du soleil. Néanmoins, on les retrouve sur la partie supérieure rouge du drapeau, couleur qui représente pour les Kurdes la détermination.

La célébration de Newroz au Kurdistan et au sein de la diaspora possède une connotation identitaire et symbolise la résistance. L'histoire du peuple kurde est marquée par les revendications et les luttes nationalistes qui ont souvent eu pour conséquences des interdictions et des répressions. Le territoire du Kurdistan est actuellement partagé entre la Turquie, l'Iran, la Syrie et l'Iraq. Au milieu des années 1970, les nationalismes kurdes ressurgissent et entraînent de nouvelles interdictions, répressions et violences de la part de ces États. Cette situation a poussé de nombreux Kurdes à émigrer en Occident. En 1994, d'après les estimations de l'Institut kurde de Paris, il y avait environ 70 000 individus qui vivaient en France. En 2014, il y aurait près de 220 000 Kurdes en France dont une majorité originaires de Turquie et dans une moindre mesure de Syrie. À l'échelle de l'Europe cela représenterait un groupe d'environ 1,7 millions de personnes.

En savoir plus :

-Christiane More, « Les Kurdes à l'époque contemporaine »,  Hommes & migrations, Paris, janvier-février 1994, n°1172-1173, pp. 55-63.
- Eva Ostergaard-Nielsen, « Mobilisation politique des Kurdes et pratiques transétatiques », Hommes & migrations, Paris, janvier-février 2005, n°1253, pp. 68-77.
- Institut kurde de Paris
- Isabelle Rigoni, « Les mobilisations des Kurdes en Europe », Revue européenne des migrations internationales, n°14, 1998, pp 203-223
- Olivier Grosjean, « S’engager à distance : la cause kurde en Europe », intervention au séminaire “Immigration, intégration, citoyenneté”, Université de Paris I, 13 mars 2003