Comme il y a des mutilés de guerre, il y a des oubliés de guerre. Soldats des anciennes colonies embarqués pour des guerres qui n’étaient pas les leurs, et que la décolonisation a laissés sur le carreau avec quelques dizaines d’euros pour toute pension. Parmi ceux-là, ces anciens combattants marocains de l’armée française qu’Olivier Pasquiers et Michel Séonnet ont rencontrés en France dans des foyers Sonacotra, et qu’ils ont accompagnés au Maroc pour l’un de leurs éphémères retours au pays.

Si ces hommes très âgés sont en France c’est pour tenter de compléter leur maigre pension militaire avec le revenu du minimum vieillesse auquel leur donne droit leur carte de combattant: à condition qu’ils résident en France au moins huit mois par an. La solitude du foyer. Les allers-retours épuisants en autocar.

La douleur de voir la famille dans des difficultés. Ces retraités migrants vivent dans l’angoisse de mourir de ce côté-ci de la mer et personne pour payer le retour de leur corps au pays. Pourtant c’est à leur dignité que s’adressent les Chants qui constituent la partie centrale de ce livre. Comme on conte à la veillée les récits des anciens, ils disent la saga militaire et humaine de ces hommes qui, de campagne de France en campagne d’Indochine, de Berlin à Haiphong, jusqu’aux djebbels algériens, ont offert le meilleur de leur vie. Et si peu en retour.

Les auteurs :
Olivier Pasquiers est né en 1960 à Paris. Il est membre du collectif le bar Floréal.photographie. Il a publié plusieurs ouvrages associant textes et photographies.

Michel Séonnet est né à Nice en 1953. Il est l’auteur de romans et de récits publiés entre autres aux éditions Gallimard et aux éditions Verdier. Il a longtemps collaboré avec Armand Gatti dont il a édité les œuvres aux éditions Verdier.