Hiver 1939, des centaines de milliers d’espagnols, fuyant l’avancée des troupes franquistes, civils et militaires, hommes, femmes, enfants, valides, malades, blessés, franchissent les Pyrénées et arrivent dans le département des Pyrénées-Orientales, où rien n’avait été prévu pour les accueillir. En hâte, dans l’improvisation et l’urgence, on construit des camps, parfois avec l’aide de ceux qui vont y « séjourner ».

La vie ordinaire y est des plus compliquées. Tout ou presque manque, du moins dans un premier temps : on dort à même le sable, on se lave dans la mer, etc. Cependant, comme un pied de nez à ce quotidien difficile, parce qu’il ne faut pas céder à « l’arénite », cette maladie de langueur qui affecte les réfugiés, parce qu’il n’est pas concevable d’abandonner immédiatement la lutte, une intense activité intellectuelle et artistique voit le jour. On donne des conférences, on enseigne les langues (français, anglais, catalan, et même russe).

On sculpte. On peint. On écrit. Des chorales, des orchestres voient le jour. Des commémorations ont lieu, certaines sous l’œil soupçonneux des autorités des camps (anniversaire de la Seconde République le 14 avril 1939), parfois vivement encouragées par ces mêmes autorités (150ème anniversaire de la Révolution Française le 14 juillet 1939). Une presse voit même le jour. Tirée à quelques exemplaires, réalisée à la main, elle encourage et se fait le relais, tout à la fois, de l’activité de cette « université des sables », à l’intérieur d’un même camp mais aussi entre les divers camps.

Réunissant la quintessence de ces productions artistiques, des expositions sont organisées, à l’intérieur des camps, dans les « baraques de la culture » nouvellement créées mais aussi à l’extérieur (Casino de Banyuls, Musée du Travail à Montpellier, etc.). La presse locale s’en fait l’écho, pour la louer ou la critiquer violemment. Bien qu’elle n’eut rien de clandestin, ni de dissimulé, cette activité, que tous les écrits (mémoires, autobiographies, travaux historiques) ont relevé, semble aujourd’hui quelque peu oubliée.

Seules quelques études l’ont abordée de façon spécifique. Réunis au cours de cette journée, leurs auteurs nous proposent une plongée au cœur de ces mots et ces images d’un temps rompu, sur la genèse et les conditions de survie de ces créations mais aussi sur leurs usages contemporains. Les communications porteront essentiellement sur la période de l’internement dans les camps, sans s’interdire un regard en amont, vers la période de la guerre civile, et en aval, vers l’immédiat après Seconde Guerre Mondiale.

« Je ressens de la tristesse pour tout ce trésor spirituel perdu. Qu’aura-t-on fait de ces sculptures d’argile, miracles de grâce et d’art ? … Où s’en sont allés ces mille objets hétéroclites avec lesquels les hommes tuaient la pénible inactivité des camps : animaux de bois travaillé ; jouets polis comme de petits joyaux, taillés dans des troncs d’arbres ; meubles faits avec les planches des baraques, dans lesquels surgissait cependant le style des ébénistes, doublé de cet instinct de l’ornement propre à l’artiste que tout Espagnol porte en lui ? Qui rassemblera en un volume les vers écrits, les poèmes conçus, les commentaires rédigés, la musique qui traduisit les diverses étapes du calcaire et de l’épopée. » (Dreyfus-Armand Geneviève et Temime Emile : Les camps sur la plage, un exil espagnol, Autrement, 1995, p 106.)

Programme

9 h 00 – Mot d’introduction de Georges Frêche, Président du Conseil Régional
Introduction – « Mémoire de la Retirada ». Daniel Fabre et Véronique Moulinié

10 h 00 – De sable et de vent : Artistes en camps de concentration (1939 -1942). Eric Forcada et Grégory Tuban
11 h 00 – Les dessins d’enfants de la guerre civile espagnole, entre témoignage et thérapie. Yannick Ripa

13 h 30 – Ecrire pour survivre : la presse des sables. Jean Claude Villegas

14 h 30 – Les républicains espagnols dans les écrits d’Albert Vidal. Rémy Cazals

15 H 30 – Los Satrapas de Occidente d’Antonio Ramos : un témoignage romancé de la répression franquiste. Stéphane Michonneau

16 h 30 – Les images des camps de l’Aude : un discours en construction. Bernard Salques

17 h 30 – Conclusions

Repères :
Par delà les Pyrénées : Mots et images d’un exode
18 mars
au CIEMI
à la Maison des mémoires
53 rue de Verdun
11 000 CARCASSONNE

Inscription obligatoire (20€):
Formulaire d’inscription (PDF)

Renseignements :
+33 (0)4 68 71 29 69
ethno.garae@wanadoo.fr