Sociologue et intellectuel critique, Pierre Bourdieu est l’un des penseurs majeurs du XXème siècle, un chercheur dont les concepts ont exercé une influence considérable dans le domaine des sciences humaines et sociales. À l’occasion du 50e anniversaire des accords d’Evian, le Centre du patrimoine présente le travail qu’il réalisa en Algérie, entre 1958 et 1961 : des photographies demeurées enfouies pendant quatre décennies dans des cartons, qui témoignent d’un voyage initiatique et d’une conversion biographique profonde, se trouvant à l’origine d’une trajectoire scientifique et intellectuelle extraordinaire.

Agrégé de philosophie en 1954, Pierre Bourdieu effectue son service militaire en Algérie entre 1955 et 1958. D’abord simple soldat, affecté à la surveillance d’un dépôt d’essence, il intègre, comme rédacteur, les services administratifs du gouverneur général d’Alger, Robert Lacoste. Se passionnant pour l’Algérie, il y retourne comme enseignant à la faculté d’Alger de 1958 à 1960. Cette période algérienne est décisive : il conduit une série de travaux ethnologiques en Algérie, qui aboutissent à l’écriture de plusieurs livres, dont Sociologie de l’Algérie, véritable synthèse des savoirs existants sur ces trois départements français, publiée en 1958. Le terrain ethnologique de la Kabylie ne cessera, même après qu’il eut cessé de s’y rendre, de nourrir son oeuvre anthropologique.

Les images prises par Pierre Bourdieu pendant ses recherches ethnologiques et sociologiques en Algérie au moment-même de la guerre de libération nous permettent de partager son regard sur le monde social : voir pour faire voir, comprendre pour faire comprendre. C’est dans ce pays, secoué par une guerre anticolonialiste, déchiré par des anachronismes historiques et des contradictions sociales exacerbées que nait, à la fin des années 1950, la vocation de Pierre Bourdieu pour le métier de sociologue. Alors qu’il enseigne à la faculté d’Alger, il réalise près de 2000 clichés pour documenter son travail anthropologique, un travail photographique qui reflète l’Algérie des années 1950 et s’inscrit dans la tradition d’une photographie humaniste engagée.

Repères
Images d’Algérie, une affinité élective
Du 7 mars au 27 mai
Centre du Patrimoine Arménien
14 rue Louis Gallet
26 000 Valence