Organisée dans le cadre des formations du réseau Mémoires-histoires en Île-de-France, cette journée s’est ouverte par une intervention d’Eric Lafon, directeur scientifique du musée de l’histoire vivante à Montreuil, qui a permis de revenir sur les définitions des termes « mémoire » et « histoire » associés à un lieu, à la question de la transmission et de son lien au territoire et aux habitants. Ces termes renvoient à des réalités et des vécus différents dont l’articulation est parfois complexe comme l’a rappelé Eric Lafon. En effet, le travail d’histoire peut se confronter à des récits de mémoire lorsqu’il est question de mémoire partagée ou encore lorsque l’on adopte une posture nostalgique (du type « C’était mieux avant »). Devant l’injonction du travail de mémoire, il met en garde contre une mise au second plan de l’histoire face à l’affect et aux émotions. Ainsi, il convient de traiter la mémoire avec un œil critique tout comme l’archive l’est dans une démarche historique.

Anne Bourgon, chargée de mission patrimoine mémoriel pour l’ancienne gare de déportation de Bobigny, poursuit en rappelant que la mémoire est plurielle et qu’un lieu de mémoire combine en réalité une mémoire individuelle, une issue du collectif (la famille ou le groupe) et enfin la mémoire officielle de l’État. La chargée de mission s’est appuyée sur le projet en cours de réalisation à Bobigny pour faire apparaître les différents enjeux liés à ce type de démarche. Ainsi, le parti pris pour l’ancienne gare de déportation de Bobigny est de proposer un parcours d’interprétation qui en fasse un lieu réunissant cinq dimensions : la mémoire, l’histoire, l’aménité, l’urbanisme, le partage et la création. Cela ne peut se réaliser qu’en croisant les approches et en faisant participer différents types d’intervenants (des témoins du passé, les habitants actuels, des spécialistes…). Anne Bourgon compare un tel projet à une tresse à trois branches : l’histoire et la mémoire (le passé), le vivant et l’écosystème actuel (le présent) et l’éthique, l’ontologique. Celui-ci émane de ce que l’on tire de l’observation du passé et du vivant.

Les échanges se sont poursuivis avec les retours d’expériences d’identification et de valorisation de lieux de mémoire et d’histoire menés par trois associations :
– Génériques, à travers son projet en cours sur les lieux de mémoire et d’histoire de l’immigration en Seine-Saint-Denis, est revenue sur la méthodologie adoptée croisant recherche bibliographique, consultation des archives publiques et envoi de questionnaire à des associations. Cette présentation a donné lieu à des échanges animés quant à l’équilibre à trouver entre les différentes dimensions d’un tel projet et de ces multiples acteurs (universitaires, institutionnels, représentants d’associations, etc.).
– La Fédération des associations et centres d’émigrés espagnols en France (FACEEF) a quant à elle présenté le site internet du projet Memorias, consacré aux lieux de mémoire et d’histoire de l’immigration et de l’exil espagnols en Île-de-France.
– Le centre Medem Arbeter est revenu sur la création en 2011 d’une balade dédiée à l’immigration populaire juive à Paris dans le cadre des journées européennes du patrimoine juif.

Ces échanges ont permis de mettre en lumière diverses approches et méthodes de valorisation de ces lieux de mémoire et d’histoire ainsi que des soulever des pistes de coopérations pour de futurs projets communs.

Pour plus d’informations :

Le musée de l’Histoire vivante

L’ancienne gare de déportation de Bobigny

Memorias

Le centre Medem Arbeter

Illustration : Ancienne gare de déportation de Bobigny. Photo: Missiongare – Sylla Grinberg/ Creative Commons Attribution-Share Alike.