30 NOVEMBRE : « Histoire, mémoires et lutte contre les discriminations : Quels enjeux, quels récits, quelles transmissions ? » à l’Hôtel du département de la Seine-Saint-Denis (Bobigny)

Cette rencontre organisée en partenariat avec Profession banlieue et le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a permis de réunir acteurs institutionnels, associatifs, chercheurs et artistes afin d’interroger la pertinence d’actions sur l’histoire et les mémoires de l’immigration pour lutter contre les discriminations. L’introduction de cette journée d’échanges et de débats réalisée par Suzana Dukic, chercheure-coopérante à l’ISCRA Méditerranée, a rappelé l’historicité de cette démarche et a mis en lumière les éventuels écueils qu’elle peut receler.

Les trois tables rondes suivantes ont exploré, dans une perspective d’échange de pratiques, des démarches muséales et patrimoniales, artistiques, et éducatives. Ces présentations de projets tant locaux (avec un focus réalisé sur la Seine-Saint-Denis), nationaux qu’internationaux ont fourni des exemples de méthodologie et de modes d’actions démontrant la vitalité et la multiplicité des initiatives dans le secteur.

7 DECEMBRE : « Monde associatif et intégration sociale, quelles dynamiques entre société civile et pouvoirs publics? » aux Archives nationales (site Pierrefitte)

La question du rapport entre pouvoirs publics et société civile, dans le domaine de l’intégration, a fait l’objet d’une grande rencontre, point d’orgue du 30e anniversaire de Génériques, aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine. Cette journée a permis de revenir sur les actions menées depuis sa création par Génériques pour faire connaître l’histoire et les mémoires de l’immigration tout en les resituant dans le contexte plus large des dynamiques et des débats autour de la notion d’intégration. L’introduction de Patrick Simon, socio-démographe et directeur de recherche à l’Ined, a permis de poser les bases des analyses de cette journée en effectuant un retour historique sur les 30 dernières années en matière d’intégration, pointant les continuités et les ruptures à l’œuvre.

La parole a ensuite été donnée à des représentants d’institutions qu’elles soient disparues ou encore actives sur la question. Gérard Moreau, ancien directeur de la Direction de la population et des migrations (DPM) et Thierry Benoît, ancien directeur adjoint du Fonds d’action sociale (FAS) Ile-de-France, ont partagé leur lecture des évolutions de la relation avec le monde associatif qu’ils ont accompagné durant leur carrière pointant notamment les modifications induites par le recours croissant à l’appel à projets et à l’appel d’offres. Agnès Fontana, directrice de la Direction de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité (DAAEN) est quant à elle revenue sur les grandes lignes de politique actuelle du ministère de l’Intérieur dans son partenariat avec le monde associatif.

Cette relation vue par le prisme des associations a été au cœur de la seconde discussion débat de la journée. Certains, comme Thierry Le Roy président de France Terre d’Asile, rappellent l’apport des politiques publiques au monde associatif, et d’autres, comme Pascal Blanchard, évoquent une prudence nécessaire face à des politiques publiques qui, idéologiquement, ne répondent pas aux revendications des militants associatifs. Parmi les problématiques soulevées au cours de cette journée, les participant.e.s dont Fabienne Messica, secrétaire générale adjointe de la Ligue des droits de l’Homme ont évoqué les questions de positionnement et d’adaptabilité nécessaires des associations. Un équilibre à trouver entre partenaires/prestataires de l’État ou encore aiguillons pour une prise de conscience et déclencheurs de l’action publique.

Une comparaison internationale en présence de Sabine Choquet, chercheure au sein du Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la citoyenneté (Montréal, Canada), de James Cohen, professeur au département du monde anglophone de l’Université Paris 3 et Daniel Gordon, historien, Edge Hill University (Grande-Bretagne) a permis de fournir un regard décentré et d’interroger les termes d’intégration, d’inclusion, de multiculturalisme et de communautarisme.

Enfin, une dernière table ronde avec Dominique Dujardin, président de la Boucle, François Héran, directeur de recherche à l’Ined et responsable de l’Institut Convergences « Migrations » et Françoise Dumont, présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme s’est interrogée sur les perspectives de cette relation et sur les défis à relever à l’avenir. La conclusion de la journée a été réalisée par Catherine Wihtol de Wenden.

12 DECEMBRE : « L’immigration dans l’histoire ouvrière  » à l’Hôtel de ville de Metz

Pour clore la célébration des 30 ans de Génériques, une rencontre organisée à Metz en partenariat avec le réseau Mémoire & histoire de l’immigration Grand Est, a permis d’évoquer la question de l’immigration dans l’histoire ouvrière à travers les analyses d’historiens spécialistes de la question, de témoignages d’anciens ouvriers impliqués dans la transmission de leur histoire et des professionnels des archives et du patrimoine. Le croisement des approches a permis de dresser un panorama de cette question dans une région qui a été fortement marquée dans son développement par l’industrie et l’immigration tout au long du XXe siècle.

Piero Galloro, sociologue à l’Université de Lorraine a tout d’abord posé les bases historiographiques de la question des immigrés dans la recherche scientifique et notamment celle de l’histoire sociale et ouvrière, et a rappelé les difficultés rencontrées dans le monde universitaire pour permettre l’étude de l’histoire des travailleurs immigrés longtemps perçue comme un objet non-noble. Bernard Massera, ancien militant syndical CFDT et secrétaire du Comité central d’entreprise de l’usine Chausson, évoque, à travers son témoignage, les conditions de travail particulièrement difficiles pour les travailleurs immigrés, les spécificités qu’ils rencontraient, et rappelle comment ils ont pris part aux grandes grèves de l’usine Chausson à Gennevilliers en 1975 et 1983. Enfin Jean-Philippe Legois, président du Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale (CODHOS) s’attache à rappeler la place essentielle, dans l’écriture d’une histoire du mouvement social, des archives travailleurs immigrés, auquel contribue le CODHOS par ses actions de conservation et de valorisation.

Une dernière table ronde a permis d’évoquer des démarches de valorisation et de transmission de l’histoire des travailleurs immigrés introduite par Salah Oudahar, directeur artistique du festival Strasbourg Méditerranée. Arezki Amazouz, président de l’Association des Anciens Travailleurs de Renault Billancourt Ile Seguin (ATRIS) rappelle, à travers son témoignage, la lutte menée par l’ATRIS pour une reconnaissance et une patrimonialisation du site de Renault Billancourt Ile Seguin afin de permettre une meilleur transmission de l’histoire des travailleurs de l’usine. Enfin, Vincent Gay, coordinateur du Dictionnaire biographique des mouvements immigrés, évoque la nécessité de donner à voir la diversité des mouvements de luttes des immigrés.


Rappel : 6 OCTOBRE : « La parole libérée, théâtre et immigration en France depuis les années 1970 »

Génériques a ouvert les festivités le 6 octobre dernier à Marseille au théâtre l’R de la Mer avec une rencontre autour du théâtre de l’immigration en France depuis les années 1970 en partenariat avec l’association Approches cultures et territoires (ACT).  Au cœur du théâtre, les acteurs et représentants des troupes pionnières comme El Assifa avec Hédi Akkari ou El Halaqa avec Smaïne Idri ont rencontré ceux des troupes de la dite « Seconde génération » avec la troupe des Flamants, représentée par Brahim Maaskri et N’taa Nou, présentée lors de la rencontre par Yamina Benchenni. De la revendication des travailleurs immigrés pour l’égalité des droits à celle de l’appartenance au territoire français et aux dénonciations des crimes racistes et policiers, le théâtre de l’immigration apparait comme étant fondamentalement militant.

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