1- Eaux usées et usage de l’eau : mémoire et patrimoine de la plaine de Pierrelaye (95)
Béatrice Cabedoce, chargée de recherche, Conseil général du Val-d’Oise, Atelier de Restitution du
Patrimoine et de l’Ethnologie (ARPE)

1899 : les eaux usées de la ville de Paris sont conduites par un émissaire général long de 28 km et par trois usines élévatoires jusqu’en Seine-et-Oise, notamment sur les champs d’épandage de Méry-Pierrelaye. Une ferme est aménagée par la Ville de Paris ; les cultivateurs locaux adoptent des pratiques culturales nouvelles et les saisonniers affluent. Le principe d’épuration agricole, qui se met en place dans la seconde moitié du XIXe siècle, modifie les structures de cet espace auparavant peu fertile. Des rapports conflictuels s\’instaurent entre la capitale et sa banlieue, chargée de recycler les déchets de la ville et de produire pour nourrir les Parisiens.

En 1995, des études mettent en évidence une pollution du sol aux métaux lourds. Les cultures maraîchères sont interdites sur la plaine de Méry-Pierrelaye. Fragilisé par la pression foncière liée à la proximité de l’agglomération de Cergy-Pontoise, le site est déserté. Après des années de réflexions menées par les 7 communes concernées, le Département, la Région et l’Etat, une forêt de 1000 hectares va y être plantée dans le cadre du Grand Paris.

L’Atelier de Restitution du Patrimoine et de l’Ethnologie au Conseil général du Val-d’Oise s\’est penché sur les conditions de mise en place et de fonctionnement du principe d’épuration agricole ainsi que sur les traces matérielles et immatérielles que le système a produit localement : paysage restructuré, réseau technique innovant et patrimoine bâti spécifique, micro-société de cultivateurs vivant au rythme du « ventre de Paris », représentations stigmatisantes.

2- Paroles, images, ré-industrialisation et valorisation culturelle : l’exemple de l’usine de constructions électriques Schneider à Champagne-sur-Seine (77)
Carolina Carpinschi, docteur en histoire des techniques, Cendre Chassanne, Compagnie « Barbès 35 », et Nicolas Pierrot, chargé du patrimoine industriel à la Région Île-de-France, service Patrimoines et
Inventaire

En 1901, les établissements Schneider & Cie du Creusot transfèrent à Champagne-sur-Seine, modeste village de Seine-et-Marne, leurs ateliers d’électricité. Le « colossal organisme » doit sans tarder fournir les commutatrices du métropolitain parisien. Un nouveau quartier est rapidement construit. Aujourd’hui, l’« usine cathédrale » de l’architecte Paul Friesé (1851-1917) se dresse encore au coeur de la ville. Les crises et les guerres n’ont jamais tout à fait interrompu la croissance des ateliers Schneider & Cie, Schneider-Westinghouse puis Jeumont-Schneider (2774 salariés en 1974) jusqu’aux fermetures échelonnées des années 1990.

Depuis 2009, l’activité a repris. Cette ré-industrialisation doit autant aux atouts de l’usine centenaire (localisation, unité fonctionnelle dédiée, station d’essais, savoir-faire) qu’à la mobilisation des salariés, des collectivités territoriales et des « anciens ».

Il fallait saisir cette actualité autant que cette « mémoire ». Ainsi, dans le cadre de l’opération Industries de la vallée de la Seine, enquête sur un patrimoine en Seine-et-Marne, le Département de Seine-et-Marne et la Région Île-de-France ont souhaité marier l’approche patrimoniale traditionnelle (« matérielle ») à l’enquête orale (« immatérielle »). Pourquoi ? Assurément pour aider à écrire l’histoire de l’usine et de la ville (en confrontant de manière critique les archives et les discours). Mais aussi pour valoriser cette mémoire, qui participe ici au maintien de l’activité. Le matériau accumulé – archives, enregistrements audio et vidéo – nourrit aujourd’hui plusieurs projets : publication (Champagne-sur-Seine. Et l’usine créa la ville…, « Parcours du Patrimoine », Région Île-de- France/Somogy Editions d’Art), documentaire (projet) et spectacle vivant (projet de résidence de la Compagnie Barbès 35, initié par Act’Art 77 Scènes rurales). On souhaiterait, par cet exemple, montrer l’intérêt d’associer les approches et les métiers, au service de la connaissance et de la valorisation du patrimoine industriel.

Repères
Séminaire de recherche « L’industrie, patrimoine et culture » 2012
Recueil de la mémoire et patrimoine industriel
Vendredi 16 mars de 14h30 à 17h00
Région Île-de-France
33, rue Barbet de Jouy
75007 Paris
salle 100