Romancier algérien de culture française, instituteur, ami de Camus, Mouloud Feraoun a longtemps cru que ses amitiés françaises lui vaudraient de tomber sous les coups du FLN : il sera finalement assassiné par l’OAS, quatre jours avant la fin de la Guerre d’Algérie.

Il a laissé un Journal, commencé en 1955 et tenu jusqu’à la veille de sa mort (Le Seuil, 1962). Un document unique : on y lit le quotidien le plus concret de la « Pacification », « choses vues » au niveau d’un village kabyle, petites scènes d’une comédie humaine rendues sans pathos, mais avec émotion et ironie. On y lit aussi la peur et la torture, omniprésentes dès le début 1956, les petites lâchetés individuelles et la lente et irrésistible émergence de la dignité retrouvée de tout un peuple. Condamnation sans appel d’un siècle de colonisation, mais aussi prescience d’un avenir sombre pour son pays: Feraoun, lucide vis-à-vis des autres, sans complaisance aucune pour lui-même, tiraillé entre deux cultures, humaniste « malgré tout », apparaît, au fil des pages de ce témoignage sans égal, comme un homme très proche, simple, chaleureux, d’une exigence morale sans faille, un Juste au cœur de l’absurde, à la parole, aujourd’hui encore, irrécupérable.

« La démarche théâtrale sera celle d’une passation. Une scénographie minimaliste, quelques lumières. Un « objet théâtral » très léger techniquement, susceptible d’être joué en tous lieux (y compris des théâtres…). Aucune visée de type naturaliste. Pas de recherche d’identification.

Un travail d’incarnation, en revanche, affirmant la structure et les couleurs souvent contrastées du Journal, dans la volonté de faire émerger la variété des émotions de Feraoun –colères impuissantes, ironie, découragement et espoir…-, et son rapport, complexe et multiple, à l’évènement auquel il réagit: jouer chaque instant dans sa plénitude, afin de laisser au spectateur, in fine, la liberté de se construire « son » image du personnage, et de son cheminement tout au long de ces années terribles.

Une partition à deux voix, texte et violoncelle intimement mêlés qui, puisse donner envie de découvrir cette œuvre, et donner à aimer cet homme et le faire revivre un peu à chaque représentation, lui qui, pour se justifier à ses yeux d’avoir si longtemps survécu pendant que la mort frappait quotidiennement autour de lui, écrivait, si proche en cela d’un Primo Levi qu’il n’a sans doute jamais lu : « Ceux qui ont souffert, ceux qui sont morts pourraient dire des choses et des choses. J’ai voulu timidement en dire un peu à leur place. » Dominique Lurcel, metteur en scène

Une rencontre avec Gilles Manceron, historien spécialiste de l’époque coloniale et vice-président de la Ligue des Droits de l’homme aura lieu le lundi 18 juillet 2011, à 18 heures.

Repères :
Le Contraire de l’amour
Tous les jours, du 8 au 30 juillet, à 10 h30
Présence Pasteur/ Espace Marie Gérard Avignon
13 rue du Pont-Trouca (perpendiculaire à la rue Thiers), Avignon
Réservation: 04 32 74 18 54