Pour bien comprendre l’héritage arabomusulman dans l’art occidental, principalement roman, il nous faut revenir aux premiers siècles de l’ère chrétienne avec la désagrégation du monde figuratif gréco-latin, enrichi, ne l’oublions pas, des apports orientaux les plus variés. Surgit alors en Occident, sur l’ancienne aire romaine, un art « nouveau », un art « abstrait », l’art nomade : en Germanie et en Scandinavie à partir du Ve siècle, en Irlande et en Angleterre au VIIIe siècle, en Arabie dès le VIIe siècle. Et l’Europe occidentale va être prise comme en tenailles. Au Nord par ce qu’on appela les « Grandes Invasions » (les Anglais ont choisi plus justement l’expression « Grandes Migrations »), dites « barbares », et qui furent le fait de peuples venus de toute l’aire nord asiatique. Au Sud par les conquêtes arabomusulmanes, nomades toujours. Et tous les bouleversements de ces époques ne doivent pas être considérés comme des éléments de l’Histoire nationale et particulière de la France, ou de l’Allemagne ou de l’Italie, car cela aurait pour conséquence de déformer et surtout de réduire l’exposé à l’idéologie en vigueur dans ces pays depuis le XIXe siècle pour des raisons n’ayant rien de scientifique. Ils sont bien plutôt la preuve de l’éternelle mouvance des sociétés humaines, de leurs cultures et de leur art.

Les auteurs :
Ecrivain, photographe et historien d’art, Georges A. Bertrand a longtemps été chargé de mission culturelle au Maghreb ainsi qu’au Proche et Moyen-Orient, avant de se consacrer aux relations esthétiques entre les mondes arabe et occidental, du Moyen Âge à nos jours. Spécialiste des cultures nomades, il a étudié et photographié les liens unissant l’art islamique à l’art chrétien d’Occident ainsi que les passages des formes esthétiques d’une civilisation à l’autre.