En 2004, Génériques et Triangle bleu ont décidé de travailler en partenariat afin de reconstituer l’histoire des Républicains espagnols déportés de France vers les camps de concentration nazis. Afin de faciliter le travail des chercheurs et la diffusion de cette histoire auprès d’un public plus large, les deux associations ont entrepris le recensement et la sauvegarde des archives privées des républicains espagnols déportés et travailleurs forcés.

Rappel historique

A la fin de la guerre civile déclenchée en 1936, ce sont 450 0001 Espagnols républicains (militaires et civils) qui passent la frontière entre janvier et février 1939. Mais cet exil a débuté dès le déclenchement de la guerre civile, au moment où les Franquistes ont fermé la frontière française à l’ouest des Pyrénées. Pour faire face à cet exode massif et précipité, les autorités françaises les placent dans des camps dans le Sud de la France, appelés “ camps de concentration ”.

Le gouvernement est également favorable aux départs pour d’autres pays, mais qu’il s’agisse de l’URSS, de la Grande-Bretagne ou des pays d’Amérique latine, les républicains espagnols doivent passer par des quotas et des sélections souvent très stricts. Au total, ce sont environ 20.000 Espagnols qui choisissent de quitter la France, dont plus de 15.000 pour l’Amérique latine. Pour sortir des camps, les autorités françaises proposent également aux internés le retour dans l’Espagne franquiste. Ceux-ci sont dans la plupart des cas enrôlés dans la Légion, puis plus tard, dans les bataillons de marche ou les Compagnies de travailleurs étrangers (CTE), pour édifier des fortifications du front, comme sur la ligne Maginot.

Faits prisonniers par la Wehrmacht en 1940, ils sont déportés en majorité dès la deuxième moitié de 1940 dans le camp de Mauthausen. D’autres Espagnols sont encore livrés par la police de Vichy, arrêtés comme résistants, ils sont répartis après 1942 entre différents camps nationaux-socialistes, les femmes étant déportées essentiellement à Ravensbrück. Plus de 7.000 Espagnols sont déportés à Mauthausen (2.000 survivront), car ils sont comptabilisés par nationalité. Déchus de leur nationalité espagnole par Franco, ils portent le triangle bleu des apatrides, avec en son centre un S pour Rot Spanier (rouge espagnol). Cependant, tous les Espagnols ne sont pas recensés comme tels, que ce soit à Mauthausen ou dans d’autres camps. Ainsi, les Espagnoles déportées à Ravensbrück portent le triangle rouge des prisonniers politiques. Elles sont en effet considérées comme des résistantes françaises, ce qui rend difficile toute estimation.
Les évaluations actuelles des historiens espagnols tournent autour de ces deux chiffres : 40.000 Espagnols capturés, 30.000 déportés.

Objectifs du projet

Le programme développé par Génériques et Triangle bleu s’est décliné sur plusieurs volets :

– La sauvegarde et l’inventaire, en France et en Espagne, des archives privées de Républicains espagnols déportés.
Au total, ce sont neuf fonds d’archives qui ont été inventoriés : les fonds de déporté-es Neus Catala, Joan Tarrago, José Perlado, Juan de Diego, Manuel Razola ; les fonds de documentaristes Mariannick Bellot et Patrick Coupechoux ; les fonds documentaires Llibert Tarrago et l’affaire Marco.

>> Télécharger le guide des sources d’archives privées des Républicains espagnols déportés de France et travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale

– La collecte d’archives orales
Linda Amiri, historienne, a recueilli dix témoignages oraux. L’essentiel des entretiens porte sur d’anciens déportés à Mauthausen, ayant fait partie de l’organisation de solidarité et de résistance du camp.

– La traduction et la publication de Els Catalans als camps nazis de Montserrat Roig
Montserrat Roig, journaliste et historienne de la déportation a publié un ouvrage intitulé Els Catalans als camps nazis en 1977 en Espagne. Ce livre de 823 pages a fait l’objet de nombreuses rééditions, en catalan et en espagnol, mais n’a jamais été traduit en français. Or, la valeur de cet ouvrage est justement d’avoir été élaboré à partir d’une quarantaine de témoignages longs et détaillés recueillis essentiellement en France entre 1974 et 1976. Ce travail de traduction a été effectué par une équipe de traducteurs placés sous la direction de Llibert Tarrago. L’ouvrage, édité à 1000 exemplaires, est diffusé gratuitement à des centres de recherche, bibliothèques universitaires, aux associations de déportés, et sur simple demande à Génériques.

>> Télécharger la couverture du livre Les Catalans dans les camps nazis

– La réalisation d’une plaquette d’information
Toujours soucieux de promouvoir l’histoire des républicains espagnols auprès d’un large public, nous avons élaboré une plaquette d’information dont nous poursuivons la diffusion auprès d’un public d’historiens et de chercheurs.

>> Télécharger la plaquette d’information