Cet événement marque l’aboutissement de programmes menés de longue date et conjointement par Génériques et la BDIC afin d’une part, de sauvegarder et valoriser les archives privées de l’immigration en France et, d’autre part, de transmettre les sources de mémoire liées aux droits de l’Homme dans les pays arabes.

Historique du traitement du fonds

Depuis sa libération de prison en 1979, des contacts privilégiés unissent Génériques et Ahmed Othmani autour des droits de l’Homme dans le monde arabe. Une convention est signée en 2003 entre sa femme, Simone Othmani-Lellouche, et Génériques qui, dépositaire du fonds d’archives, entreprend avec elle son classement jusqu\’en 2008 pour intégrer les accroissements et finaliser l’instrument de recherche.
En 2009, Driss El Yazami, délégué général de Génériques, amène quatre organisations de défense des droits de l’Homme et de la démocratie à se rapprocher de la BDIC, dont l’Association pour la Fondation Ahmed Othmani (AFAO) créée en 2008 et présidée par Simone Lellouche, afin d’y déposer leurs archives. Moyen pour la BDIC, tout en réaffirmant l’un de ses axes d’étude privilégié autour des « droits de l’Homme et relations internationales », d’étendre sa collecte au monde arabe.

Le fonds, largement complété et revu depuis son traitement par Génériques, sera présenté dans son état actuel par la BDIC lors de la journée d’étude.`

Présentation du fonds

Des années 1960 à nos jours, le fonds témoigne des activités des différents courants de l’opposition tunisienne qu\’elle soit politique ou syndicale ou issue du mouvement étudiant et, d’autre part, de leurs relations avec les mouvements français ou internationaux, comme en France, l’action des différents comités de défense des détenus d’opinion tunisiens et de lutte pour les droits de l’Homme.

Au travers des trajectoires personnelles d’Ahmed Othmani et Simone Lellouche – couple tunisien militant d’extrême gauche, victime des mesures arbitraires du régime de Bourguiba, ayant subi lui la prison et la torture, elle les expulsions – le fonds témoigne aussi de leur action en immigration et de l’engagement de toute une vie contre la répression et pour la défense des droits humains en Tunisie et dans le monde.

La nature des documents

Aux côtés des documents d’archives (comptes rendus de réunion, procès-verbaux d’assemblée générale, programmes, listes, projet de plateforme, motions, pétitions, rapports, études, synthèses et analyses, bilans, enquêtes, notes et correspondance… ), les publications revêtent une importance particulière de par la diversité des origines et motivations (militantes, politiques, presse quotidienne, presse gouvernementale) et la variété des supports (tracts, affiches, périodiques, quelques photos et cassettes). Riches en nombre et en qualité, une part essentielle de ces productions est issue de l’opposition tunisienne du début des années 1960 aux années 1980, aussi bien depuis la France qu’en Tunisie. Certains documents provenaient, en effet, de Tunis pour être imprimés en France puis réacheminés vers la Tunisie.

Le fonds compte pas moins de 110 titres de publications en série (journal, revue, bulletin, brochure, supplément) dont beaucoup proviennent des organisations politiques de l’époque : Parti communiste tunisien, Groupe « Perspectives », An Nidhal (La Lutte), Mouvement démocratique de masse, Cercle puis Groupe marxiste léniniste tunisien, Groupe Ech-Choola (L’Étincelle), Mouvement d’unité populaire… mais aussi des autres mouvements étudiants (Maghreb étudiant de l’Association des étudiants musulmans nord africains en France… ), syndicaux (Al-Ittihad et Ech-Chaab de l’Union des travailleurs immigrés tunisiens… ) ou encore d’associations d’immigrés et de solidarité. Enfin, les documents publiés par les divers comités de défense des prisonniers politiques tunisiens ainsi que par les organisations de défense des libertés et des droits de l’Homme sont également bien représentés. Certaines de ces publications ont été numérisées par Génériques et sont entièrement consultables dans Odysséo : les collections Perspectives Tunisiennes et El Amel Tounsi (Le Travailleur tunisien) du Groupe d’études et d’action socialiste tunisien (GEAST) qui s\’avèrent quasi-complètes, les collections de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET).

Par ailleurs, plusieurs dossiers documentaires sont composés de numéros et coupures de presse, principalement de la presse gouvernementale tunisienne, et plus particulièrement de l’Agence de Presse Libération ayant précédé la création du journal Libération (1972-1973) et dont certaines parutions portent sur la Tunisie et sur l’immigration.

Outre cette riche documentation rassemblée par Simone Lellouche, nous trouvons également traces de ses activités militantes et des relations qu\’elle entretint avec son mari au cours de ses années d’emprisonnement et de lutte (nombreux documents relatifs aux affaires judiciaires, aux procès et aux prisonniers, aux comités de solidarité et de libération, à la campagne pour la libération de tous les prisonniers politiques et syndicalistes fondée sur la publication, en avril 1979, du témoignage dans les Temps Modernes de Ahmed Ben Othman, alors détenu).

Un matériau pour l’histoire contemporaine

Véritable témoignage des événements de la scène tunisienne et mondiale mais aussi de la vie militante de Simone Lellouche et Ahmed Othmani, ce patrimoine documentaire, illustré par une dizaine d’affiches numérisées constitue la mémoire vive des premières générations des militants des droits humains après les indépendances ou en lien avec les mouvements nationaux. Il constitue non seulement un matériau pour l’histoire contemporaine mais aussi un enjeu pour les chercheurs et jeunes générations désireux de connaître l’histoire non officielle. En écho à l’actualité et aux bouleversements récents des « révolutions arabes », il invite à s’interroger sur le devenir actuel de la mémoire et des traces des militants des droits de l’Homme arabes, individus ou organisations et à réfléchir plus largement sur l’histoire des mouvements de gauche au Maghreb et dans le monde arabe.