Avocate, directrice de programme sur la condition des femmes à l’Unesco, militante féministe, Wassyla Tamzali est une intellectuelle algérienne connue, qui défend les droits de l’Homme et donc des femmes, la démocratie, la laïcité. On a  notamment pu la voir et l’entendre, en France, lors du printemps arabe, dans des débats auxquels elle a participé.

Dans «Une éducation algérienne ; de la révolution à la décennie noire» (Gallimard, 2007), son autobiographie, elle nous parle de ses combats, revenant  sur son passé, étroitement  mêlé à celui de son pays, l’Algérie. Les étapes de la vie de l’auteure s\’entremêlent avec l’ Histoire de l’Algérie, une Algérie que l’on reconnaît mais dont on découvre aussi des facettes qui ne ressemblent pas aux images que l’on en voit habituellement : la génération des intellectuels qui avaient 20 ans en 62, les femmes, la “bourgeoisie“.
 
Une autobiographie mais avec un “nous” insistant, omniprésent. Il ne s\’agit pas d’une auto-fiction “nombriliste”. Ce “nous”, qui dit l’appartenance à un groupe, a aussi la particularité de représenter des groupes divers, voire traditionnellement opposés:
 
– celui d’une  famille ancrée dans le pays depuis des générations – mais accueillant les “étrangers”, comme la mère de l’auteure-narratrice, espagnole -, une famille cultivée,  hostile à la colonisation mais attachée aux grands principes universels de la culture française, une famille meurtrie par l’assassinat du père de l’auteure (par un Algérien).
 
– le  “nous” des révolutionnaires, des bâtisseurs de l’Algérie indépendante, dans lequel se fond  la narratrice à partir des années 60, un “nous”  porteur  de tous les espoirs, mais aussi d’illusions et de mensonges que le récit dévoile.  Le  passé et le présent s\’y entremêlent : sans complaisance,  l’auteure-narratrice analyse ses propres illusions, ses aveuglements, qui furent aussi ceux de toute une génération.
 
Au fil du récit, Wassyla Tamzali prend ses distances vis-à vis de ces différents “nous” qui l’ont forgée et “éduquée”, parfois en la tirant à hue et à dia. L’écriture semble d’ailleurs pour elle une expérience à part entière, le chemin qui lui permet de  faire « la part des choses », et de rassembler les composantes diverses d’une identité sans que l’une de ces composantes annihile les autres. Plus qu’une  autobiographie, il s\’agit là surtout d’une oeuvre littéraire, un de ces livres forts dont on peut dire, en paraphrasant Bataille, que l’auteure semble y avoir été contrainte.

Repères :
Bibliothèque municipale du 1er arrondissement
7, rue Saint Polycarpe 69001 Lyon / 1er étage de la « Conditon des soies »
Métro-Bus : Hôtel de Ville / Place des terreaux
Entrée libre
Infos : Fatiha Toumi – 04.78.27.02.42 / 04.78.27.45.55